‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 176 sur 330 · ÉPILOGUES · texte numérisé non relu

ÉPILOGUES

Gascons, les Bourguignons n'ont pu prendre l'accent des habitans de l'Ile de France et de la Picardie, si le bas peuple a continué de se servir des mots qui lui étoient particuliers et de parler son patois, la noblesse, les gens de robe, les gens d'église, les gens de lettres, tous ceux qui vouloient lire et écrire en François, les négocians mêmes se servoient des termes dont on se servoit à Paris, et les écrivoient de la même manière » '.

« Apres ce que je viens de dire il seroit difficile de juger laquelle de ces cinq ou six langues que l'on écrit ou que l'on parle aujourd'hui en Europe, a une supériorité absolue ou intrinsèque en comparaison des autres. Quant à l'utilité relative, il nest point douteux que la Françoise l'emporte de beaucoup par la position locale de son pays, et par des circonstances politiques, qui en ont rendu l'usage presque universel, avantage que les mêmes circonstances lui conserveront selon toute apparence encore long-temps, et que l'Allemagne seule pourroit lui enlever. M. le comte de Rivarol a Fait là-dessus des réflexions non moins justes qu'ingénieuses. ]\Iais comme l'Académie, en couronnant sa pièce avec celle de M. Schwab, a déclaré Formellement qu'elle ne garantissoit pas les assertions accidentelles ni de l'une ni de l'autre, il me sera permis de dire que M. de Rivarol, en parlant du mérite particulier des langues, a souvent confondu le style avec la langue, et le goût de quelques particuliers avec le génie et le caractère national'.

Suites du Concours. — Comme tous les événements qui ont un certain retentissement, le Concours de Berlin ne pouvait manquer d'éveiller les imaginations et de produire un effet de suggestion sur divers cerveaux. Je mentionnerai d'abord un opuscule, ne serait-ce que pour éviter à d'autres la peine de le rechercher. C'est un livret de cinquante-cinq pages, intitulé : L'esprit de la langue française et la cause de l'Universalité de cette Langue, par J. B. Viennois, Professeur en Grammaire et maître de Langues à Dijon ^

Il faut que le roi Frédéric II ait eu à sa Cour un Bureau des Politesses pour que l'auteur ait été honoré de deux lettres signées « Frédéric » (4 novembre 1784 et 27 janvier 1785). La première, écrite quand on n'avait encore à Potsdam que le Prospectus de l'ouvrage, affirme « qu'il avait fait concevoir les plus flatteuses espérances ». La seconde, après réception, se borne à dire que l'ouvrage ne peut que faire honneur à l'auteur et rappelle, non

Page 1