Voir Schwab, pp
Le latin, — Il y avait bien une langue en possession depuis des siècles de jouer ce rôle international dans la vie intellectuelle, c'était le latin. Il gardait encore de nombreux fidèles ; en France un D'Alembert ne l'abandonnait visiblement qu'avec regret, et la suite montra que, dans toute l'Europe savante, la tradition millénaire n'était pas près de mourir. Cependant le latin ne suffisait plus. Comment et pourquoi ? C'est s'en tirer un peu facilement que de dire avec Sorel : « La langue française convient au génie du xvm* siècle comme le latin convenait à celui du moyen âge. Elle simplifie et généralise : on se l'approprie partout, comme une brillante expression de mathématiques » '.
Le mouvement de désaffection fut loin d'être synchrone et il faudrait l'étudier pays par pays. Plusieurs fois il a été question à ce propos d'un concert. Singulier mot, à moins qu'on ne veuille prendre ce nom à contresens et l'appliquer à une véritable cacophonie où, les violoncelles ayant fini leur partie, les flûtes seraient à moitié et les trombones commenceraient seulement à attaquer.
Il est aussi trop simple de considérer la décadence du vieil idiome de la science comme une conséquence fatale du mouvement protestant. Il suffit de considérer la France. Comment serait-ce le protestantisme, traqué et proscrit, qui aurait arraché au latin son prestige? Bien d'autres causes avaient agi, comme nous avons essayé de le montrer dans cette Histoire.
Le vice essentiel, irrémédiable, du latin était d'être mort. Pendant longtemps il avait vécu d'une vie factice ; il se renouvelait en barbarisant, de sorte qu'il restait apte à traduire la pensée des âges qui se succédaient. Mais ce pouvoir, la Renaissance le lui avait ôté. Certes les savants ne se privaient pas d'introduire des mots de science, qui n'y avaient pas à tout prendre un autre aspect que dans une langue vivante et n'y faisaient pas plus mauvais effet. Barometram valait baromètre. Et pourtant ces mots semblaient défigurer le vieil idiome. Voltaire a exprimé les scrupules que le cicéronianisme avait fait naître à ce sujet. Plus le latin restauré dans sa pureté, ramené à l'usage des anciens, retournait à sa pauvreté native, plus le jargon moderne semblait barbare.
(( Madame du Chàtelet, dit-il, a rendu un double service à la postérité en traduisant le livre des Principes et en l'enrichissant d'un commentaire. Il est vrai que la langue latine dans laquelle il est écrit est entendue de tous les savants, mais il en coûte toujours quelque fatigue à lire des choses abstraites dans une langue étran-