‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 190 sur 330 · F" 194 \° ; Impr., p · texte numérisé non relu

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2. « Le grand art des bons écrivains françois est précisément celui des femmes de cette nation, qui se mettent mieux que les autres femmes de l'Europe et qui, sans être plus belles, le paraissent par l'art de leur parure, par les agréments nobles et simples qu'elles se donnent si naturellement » (Volt., Dict. phil.. Art. langues, sect. III).

Cf. Le rayonnement intellectuel de la France au xviii^ siècle n'est point une déviation de sa croissance ; c'en est le développement naturel et la suite. La France continue de régner, exerçant le règne qui convient à ce temps. Elle a eu cette singugière fortune que les grandes époques de son histoire ont été de grandes époques pour la société moderne. Elle a proposé à l'Europe un type supérieur de civilisation dans la nation et dans l'Etat ; la nation poursuit et complète l'œuvre de l'Etat. « Au xvn^ siècle, a dit Guizot, c'est le gouvernement français qui agit sur l'Europe ; au xviii^, c'est la société française » (Civil, en Eur., Icc. XIV, dans Sorel, L'Eiir. et La Rév.. t. I, p. io6-'lS7).

3. « On a ici, écrit Franklin, pour un étranger les mêmes égards qu'en Angleterre pour une dame ». Avec les femmes, écrit d'autre part un Anglais, le premier titre est celui d'étranger. On riait bien un peu, parfois, des pataquès et des maladresses, mais sous cape.

bien que l'aisance des Parisiennes à porter la parure leur art de soutenir et d'animer la conversation sans avoir l'air de la conduire, leur dextérité à nuancer les sentiments même les plus subtils, à donner de la grâce à leur accueil, de l'à-propos à leur sourire, du naturel à leur amabilité, de la douceur même à leurs reproches '.

L'accord entre la Société et la langue. — Tl était indispensable, pour que rien ne détonât, que la langue eût incorporé en elle cette politesse générale et se fût faite sociable : manière de vivre et manière de parler forment un tout inséparable. Certains sourires vont avec certains compliments, certains refus avec certains coups d'éventail ; il y a une appropriation nécessaire à la façon de saluer de la phrase qui accompagne l'inclinaison ou la révérence. Voltaire a marqué combien les étrangers ont compris que s'initier aux mœurs françaises et apprendre à parler français étaient deux choses intimement liées : « Le même esprit, dit-il, qui a porté les nations à imiter les François dans leurs ameublements, dans la distribution des appartements, dans les jardins, dans la danse, dans tout ce qui donne la grâce, les a portées aussi à parler leur langue » "".

Le « Roi du Siècle » se rencontrait sur ce point avec Galiani, comme Duclos avec Garaccioli ^ \J Encyclopédie mcllwdique de 1784 y insiste à son tour : « La politesse, la clarté, la simplicité, la précision distinguent notre langue ; et ces qualités tiennent aux progrès de la sociabilité parmi nous. Dans une nation oii règne une communication continuelle des deux sexes, des personnes de tous les états, des esprits de tous les genres... s'est formé ce ton du

monde, etc De ce concours d'efforts réunis, on sent qu'il a dû

résulter une langue simple dans ses formes et précise dans ses

t. « Accoutumé à tout vouloir embellir, à tout peindre ; à tout colorier, à prêter au moindre geste une impression d'agrément, au plus petit sourire une nuance d'enchantement, le siècle veut que les choses, sous la parole de la femme, se subtilisent, se spiritualisent, se divinisent » (Les Gonc, La femme au XVllI^ siècle, p. 38).

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