‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 191 sur 330 · Dict. philos, art. Langues, sect. III · texte numérisé non relu

Dict. philos, art. Langues, sect. III

3. Balden., Unio., p. •2T-'28. On comparera ce qu'en dit le Vicomte de Ségur. De là « ... celte politesse si rare, ce goût exquis, cette mesure dans les discours, dans les plaisanteries, cette grâce de maintien, en un mot, cet ensemble qui classait ce qu'on appelait la bonne compagnie et qui distingua toujours la société française, même chez les étrangers

« La politesse, le goût, le bon ton, étaient une espèce de dépôt que chacun gardait avec soin, comme s'il n'eût été confié qu'à lui. C'est à la politesse que les femmes, avec raison, mettaient le plus d'importance, elle est, en effet, la première expression du respect qu'on leur doit. La politesse est de plus si précieuse dans le commerce de la vie, que l'on a vu des gens se passer d'esprit en sachant mêler la politesse à la noblesse, à l'élégance des manières » (extrait par Barrière du livre : Les Femmes, leur condition et leur injluence, qui parut en 1795. Voir Mém. du Comte de Ségur, Avant-prop., p. ii-m).

expressions, plus variée dans ses tours que dans ses mouvements, exprimant avec clarté ce que les vues de l'esprit ont de plus abstrait, ce que le sentiment a de plus délicat, et ce que les convenances de la société ont de plus fugitif. Cette langue, par un rapprochement qui peut étonner du premier coup d'oeil, est tout à la fois la langue de la galanterie et celle de la philosophie, la langue de plusieurs cours de l'Europe et celle de leurs traités, et ce n'est qu'à son propre mérite qu'elle doit cet empire presque universel que les Romains tentèrent en vain de donner à la leur, quoiqu'ils en prescrivissent l'usage aux peuples qu'ils avaient soumis » '.

La « coNVERSABiLiTÉ » DU FRANÇAIS. — On a pcut-êtrc remarqué, dans un des Mémoires que j'ai analysés, le mot de « conversabilité ». C'était un barbarisme (l'Académie avait même rayé de son Dictionnaire concersable). Mais avec quelle justesse il désignait une qualité par laquelle la langue française méritait son rang éminent. L'abbé Galiani avait fait un autre néologisme en écrivant à M^^d'Épinay : Le langage du peuple le plus social de l'univers, le langage d'une nation qui a besoin de parler pour penser et qui ne pense que pour parler, doit être le langage le plus dialoguant ". Nous avons assez montré pour n'y pas revenir ici, comment, depuis les temps de Louis XIll, la société française était parvenue à lui donner la perfection dans ce rôle, à force d'efforts et je dirai de sacrifices; elle y avait conformé son génie même.

Les femmes qui s'étaient succédé depuis l'Hôtel de Rambouillet étaient arrivées à leurs fins ; rien ne manquait pour exprimer les nuances les plus délicates du sentiment, rien ne restait dont la délicatesse la plus susceptible pût s'offusquer, et certaines réussissaient à assembler les mots avec autant de bonheur qu'à assortir leurs invités \

Evidemment beaucoup d'étrangers n'avaient pu apprendre tout cela que de loin et par ouï-dire ; ils n'avaient eu leur entrée ni chez M'"^ Du Deffand, ni chez M"" de Lespinasse, ni chez M™* Geoffriu ^ 11 faut leur savoir un certain gré d'avoir deviné les effets

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