‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 205 sur 330 · Balden., Univ., p · texte numérisé non relu

Balden., Univ., p

gence qu'on avait apportée à remplir la plus grande partie de la tâche prescrite, l'impuissance avouée à en entreprendre le reste et à mener l'œuvre à bien, les bévues commises, la lenteur à réparer des erreurs graves, une fidélité au passé qui n'était compensée que par des inconséquences, tout cela, quoique su de quelques-uns, n'ôtait rien à la Compagnie de son prestige. Les rois lui faisaient visite ; les gens de lettres et les érudits la saluaient comme une création unique et bienfaisante qu'ils recommandaient d'imiter.

Comment des étrangers — tous n'étaient pas des Leibnitz — ne s'y seraient-ils pas trompés ? Herder même n'est pas sans confondre les idées larges de Fénelon avec les doctrines de la maison'.

Et pourtant un Algarotti y avait vu clair. A son gré l'Académie avait anémié et appauvri la langue^.

Le désir d'une règle fait passer sur les abus. — On commençait à se révolter en France même contre l'abus d'autorité ; nous l'avons fait voir^. Les journaux avaient marqué la nécessité d'une réaction: « A proprement parler, nous n'avons dans notre Langue ni tournures, ni constructions, ni périodes Nous rapprochons les mots,

nous les enchaînons les uns aux autres, mais nous ne les grouppons jamais ; nous ne les construisons pas, nous les accumulons ; nous ne saurions les disposer de manière à se prêter mutuellement de la force et de l'appui : les mouvemens circulaires et les mouvemens obliques nous sont également défendus, nous ne pouvons parcourir que la ligne droite ; enfin nous n'avons que le choix des mots ; du reste leur place est presque toujours invariablement fixée. Ou nos Grammairiens n'ont pas assez senti les avantages de Vi/n'ersion, ou ils ont craint de les exposer. C'est Virn>ersion qui conduisit les anciens à varier presque à l'infini les formes de leur langage... » *.

Le Journal étranger avait plusieurs fois fait campagne contre les étroitesses de vues qui paralysaient l'imagination. « La Poésie Françoise, remarquait-il, ne parle presque qu'à l'esprit; rarement metelle les objets sous les yeux. Notre Poésie n'employant guères que des termes abstraits, généraux et vagues, elle ne forme, pour ainsi dire, que des tableaux métaphysiques, dont l'esprit ne trouve point de modèle dans la Nature : au lieu que la Poésie Italienne emprunte

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