Adraslea. S XXIII, p
"2. Ess. s. la l. fr., p. Io6, dans Balden., a. c, p. 4, n. 2 et 24.
3. H. L., t. \I, pp. 1143 et suiv. Mon collaborateur A. François a pu parler de « révolution néologique ».
4. Observations sur une trad" d'hocrate. Gaz. Litt.. oct. 176.3, p. 159-160 ; cf. Recueil des œuvres de Lucien, Gaz. Litt., fév. 1766.
presque toujours les couleurs particulières de quelque objet de la Nature, dont elle revêt celui que son imagination enfante. Nous disons, par exemple, que \es grands événements illustrent ce siècle ; mais nous ne disons pas qu'ils le dorent, comme fera le Poëte Italien. Le mot illustrer ne donne aucune couleur à l'expression ; on n'y aperçoit qu'un lustre indéterminé, et par-là métaphysique. L'Italien au contraire vous fixe sur un lustre réel et physique ; il nous attache par l'éclat de l'or. Nous disons qu'un nom i'ole à la Postérité ; nous n'oserons pas dire qu'il bat des ailes, comme a fait M. Algarotti. Si le terme ^>oler présentoit à nos yeux un vol réel, pourquoi serions-nous choqués de voir un nom qui vole battre des ailes ■?... Nous laissons à nos Lecteurs à juger combien le génie d'une Langue didactique et monotone doit intimider et glacer la Poésie » '.
« Les François, dit-il ailleurs, si l'on en croit les étrangers, observateurs hardis et confians par-tout, souvent jusqu'à la témérité, sont timides en Poésie, rejettent les métaphores et les images de l'imagination, remplissent de ternies abstraits, arides et muets, un langage qui n'admet que des expressions pittoresques et sonores. (D'où vient, par exemple, que le mot «objet », terme métaphysique, est employé si souvent et si mal-à-propos dans la poésie françoise et surtout dans la tragédie et dans les opéra?...) » ^.
Il est étonnant que les auteurs de nos dissertations aient passé condamnation ou à peu près sur ces infériorités si graves. Ils font allusion à diverses gênes, ils ne profitent pas de leurs remarques pour triompher de notre médiocrité poétique et pour opposer les hardiesses de la poésie allemande à nos timidités. Est-ce qu'ils ne craignent plus que ce ton déteigne sur leur idiome émancipé^?
L'explication en est plutôt qu'ils n'étaient pas poètes ; ce n'étaient sans doute même pas des écrivains.
1. Mars 1760, p. 134, cf. « Les loix de notre versification n'asservissent que trop nos Poëtes, sans les accabler encore du poids des règles, de lexemple et de l'autorité » (^Les œuvres de Chiabrera, Journ. élr., juin 1700, p. iGl).
2. Vers au sujet d'une profession religieuse. Journ. élr., sept. 1762, p. 171 et n. a.