‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 208 sur 330 · Zerstreute Bldtter. tT8o-lT97, S., t. XVI, p · texte numérisé non relu

Zerstreute Bldtter. tT8o-lT97, S., t. XVI, p

3. Busch, au contraire, dans le Mémoire dont j'ai parlé, croit apercevoir les indices d'un recul de la langue française (p. 33-34).

pourquoi, peu àpeu, en dépit des traditions séculaires, les peuples, à commencer par la France elle-même, s'étaient peu à peu dégagés du latin. L'irrésistible force qui y poussait, c'était le besoin d'exprimer l'âuie nationale dans la langue nationale, l'impossibilité d'emprunter pour des sentiments et des pensées propres une forme étrangère.

L'éveil du génie national inaperçu. — 11 était fatal que l'éveil du génie de chaque peuple mît tôt ou tard en lumière l'antinomie entre le caractère, la nature de la langue française classique, les façons d'exprimer qui lui étaient propres et la matière à exprimer. Si perfectible que fût cette langue, tout faisait prévoir qu'elle devait rester elle-même. Les discordances s'accuseraient donc de plus en plus. Or, cette loi fondamentale d'accommodation entre le signe et la chose signifiée, dont l'action s'exerçait depuis plus de deux siècles contre le latin, semble avoir passé inaperçue.

Il y a plus. Un des rôles essentiels du français, nous l'avons montré, était de servir de langue véhiculaire à la pensée des diverses nations. Or, en principe, aucune langue n'a un génie assez souple pour que les expressions des langues étrangères diverses puissent toutes passer en elle sans s'altérer. Le grec lui-même n'y suffirait pas. Le proverbe l'a dit depuis longtemps : on trahit en traduisant. Pour les ouvrages de science, la clarté du français passait en eux, soit! Mais pour les œuvres littéraires, surtout en poésie, ses timidités défiguraient les originaux. Il fallait à Rivarol un singulier aveuglement pour reprocher aux langues italienne et anglaise, abusant de leurs inversions, de « se jeter dans tous les moules que le texte leur présente, tandis que le français expliquait les auteurs » '. Herder établira bientôt avec force l'incapacité de notre langue à traduire : « La langue française est la plus contrainte, incapable à la fois de traduire et d'imiter; c'est l'éternelle infidèle, qui ne peut parler que d'une manière, la sienne, c'est-à-dire une manière très insuffisante (mangelhaft) ». Et il la compare à l'allemande, poussant sur sa propre souche, sœur de la grecque, douée d'une admirable souplesse pour reproduire expressions, tours, esprit, mesure des langues étrangères ^

On devait se lasser de Pégase attelé à la française.

Du jour où l'empire du goût français commença à être ébranlé, c'est-à-dire où on désira, au lieu de textes accommodés, des copies

"1. Humanit. Briefe, 1793-1797 ; S., t. XVIII, p. 114 ; cf. Adraslea, S., t. XXIV, p. 201.

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