CHAPITRE PREMIER AVANT-PROPOS
Les causes qui empêchèrent le français de devenir une langue mondiale au xviii" siècle, si diverses qu'elles soient, et si inégale qu'ait été leur action, apparaissent, semble-t-il, assez nettement.
La première, c'est la brutale dépossession qui fut la conséquence des désastres éprouvés sur terre et sur mer. La France fut chassée de nombreux territoires où sa domination ou bien était assise ou bien commençait à s'étendre. La seconde fut l'absence à peu près complète d'une politique de la langue. Ni avant la défaite, ni après, personne — sauf exception — ne semble avoir compris l'intérêt de répandre l'idiome ; l'esprit d'assimilation semblait éteint, l'idée d'une influence avantageuse sur les esprits n'avait pas encore germé.
Une autre cause fut l'esprit d'intolérance religieuse. Condorcet, prêtant aux autres sa largeur d'esprit, après avoir fait un retour sur les difficultés qu'avaient rencontrées les Huguenots dans les pays d'Europe, écrivait : « Et si, comme il est presque impossible d'en douter, le Canada suit l'exemple des provinces voisines, il existera en Amérique une région où les Français qui voudraient s'y établir, retrouveraient, avec tant d'autres avantages, la langue et les usages de leur patrie » \ Hélas ! le cléricalisme — pour retourner une formule qui a fait fortune de nos jours — était alors une marchandise d'exportation. Il est à peine croyable, il est réel pourtant, que le gouvernement de la France de Voltaire persista dans les idées néfastes qui avaient amené la Révocation, de sorte que les Huguenots