‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 211 sur 330 · Sur l'État des Protestants, OEuv.. t. V, p · texte numérisé non relu

Sur l'État des Protestants, OEuv.. t. V, p

français, épars dans toutes les parties du monde, frustrés de l'espoir dans un retour au bon sens et à l'esprit évangélique, n'eurent que la ressource de fuir les colonies où on les poursuivait comme dans la métropole, et quelquefois même de quitter des terres où ils avaient trouvé asile, mais où ils se sentaient encore menacés, de s'assimiler par suite à leur pays d'adoption, en prenant leur langage aux peuples parmi lesquels ils vivaient, qui du reste le leur ont parfois imposé par contrainte.

Il est difficile de mesurer le mal que ces querelles religieuses causèrent. Qu'y a-t-il de vrai dans les soupçons des Huguenots établis en Amérique ? Pendant que plusieurs Américains considéraient quelques-uns d'entre eux comme des papistes déguisés et des agents secrets des Français du Canada, eux accusaient les Jésuites de formenter des complots d'Indiens, ayant pour but et parfois pour efFet de détruire les établissements qu'ils avaient fondés en Nouvelle- Angleterre.

D'autre part, les renforts qui arrivaient de France aux colonies pour aider à les défendre n'étaient pas toujours au goût des catholiques. Le régiment de Carignan, qui vint au Canada, renfermait pas mal d' « hérétiques » , et il est assez facile de deviner, à la joie que témoignent les historiens de la conversion de plusieurs d'entre eux, la défiance qu'inspiraient ces soldats et la pression qu'ils durent subir. Mauvaises conditions pour réaliser cette cohésion qui eut été nécessaire.

Il y a plus. Des faits certains et précis montrent quels furent en plusieurs endroits les eff'ets de cette intolérance, Bienville, aux abois en Louisiane, rencontre une corvette anglaise chargée de protestants français. Un nommé Segond sollicite qu'on lui permette de s'établir. Il amènera quatre cents familles. Pontchartrain, informé par Bienville, répond : « Le roi n'a pas chassé de son royaume les hérétiques pour en faire une république » (1700) ; c'est le cas de se souvenir du mot tant reproché à d'autres : « Périssent les colonies plutôt qu'un dogme » '.

Il faut bien le dire aussi, quelque soin que des écrivains, qui confondent l'histoire avec l'apologétique omettent à le cacher, souvent à une noble émulation se substituèrent des rivalités, des compétitions, des querelles, qui compromirent à tout instant l'œuvre d'évangélisation. La Hontan en a parlé ". Admettons que le personnage soit suspect. Les faits attestés ne sont que trop nombreux. On sait ce qui arriva en Extrême-Orient. En Louisiane, un conflit mit aux

Page 1