Hist. Nouv. -France, liv. VI, chap. vin
L'enseignement. — Ce que les historiens nous avaient dit de l'enseignement en Acadie * sous la domination française a été revu, précisé, complété et rectifié par un travail récent, celui d'Omer Le Gresley, que j'ai déjà cité, et auquel je n'ai qu'à renvoyer pour les faits de détail.
Les Capucins, de par la volonté de Richelieu, jouèrent le grand rôle. Ils établirent une sorte de séminaire à Port-Royal, où ils eurent une trentaine d'élèves. En 1688, douze d'entre eux étaient chargés non seulement de desservir la colonie française, et de faire des missions parmi les peuplades indigènes, dont ils apprirent la langue, mais encore de recevoir, entretenir et instruire dans leur maison trente jeunes gens et des enfants «micmacs et abénakis ». En 1703, le P. Patrice, Récollet, organisa une école régulière à Port-Royal. Les Sulpiciens jouèrent aussi un rôle, mais des accidents successifs l'empêchèrent d'être considérable^. C'est l'évêque de Québec qui avait la haute direction. En 1688, il avait envoyé aux Mines le premier prêtre, l'abbé Jean Baudoin, puis un Sulpicien, Louis Geoffroy, qui bâtit la première église paroissiale et fonda la première école ^ La Congrégation de Notre-Dame venait à leur aide pour l'instruction des jeunes filles. On se préoccupait alors à Port-Royal d avoir « une pépinière de maîtresses d'école ». Les efforts de ces religieux n'ont pu qu'être utiles à la langue française. Même si maîtres et maîtresses avaient, comme en France, conservé la déplorable habitude d'enseigner à lire en latin, langue des offices et des prières, la part du latin restait forcément limitée. C'est en français qu'on questionnait, qu'on dialoguait, qu'on jouait. L'évêque de Québec, qui vint en 1686, et visita l'école des filles, fut satisfait. On se contentait alors de peu : il espérait que « la religieuse enseignerait à lire et à écrire à ([iielques-unes de ses élèves » \ Au reste des faits prouvent qu'un certain nombre d'Acadiens étaient en état de signer leurs noms. Trente-cinq d'entre eux signèrent un acte à Annapolis, le 22 janvier 1715 '. Mais combien il faut se garder d'attribuer une influence exagérée à cet enseignement embrvonnaire ! "^ Si le français se transmit de génération en génération, ce fut par voie orale, au sein des familles.
1. Cf. R. P. P-M. Dagnaud, C. J. et M. (Lévis), Apôtres et Défenseurs de la Lang. Franc, en Acadie (Prem. Congr. Lang. franc. Can., Mém,, pp. 48 et suiv.).