Le français au Canada, chap. i à v
de France : « Nous sommes insuffisamment renseignés, dit-il, sur le fonctionnement de ces écoles. Il y en eut dès le xvii* siècle a Québec, à Montréal, aux Trois-Rivières, et dans un assez grand nombre de seigneuries. Mais nous ne pouvons affirmer qu'elles aient toutes duré et que l'instruction élémentaire ait continué à être dispensée sans interruption dans toutes les localités, où nous l'avons vu donner » '. Il faut entendre par là qu'au Canada comme ailleurs l'école a pu être souvent interrompue, sans que nous soyons en mesure de le constater. Une école a été fondée à X... à telle date; nous ne sommes nullement autorisés à en conclure que, depuis lors X... a eu son école, à moins que des documents : nominations de maîtres, votes de crédits, constructions de locaux, etc., ne nous le prouvent. Pas plus qu'il n'y avait d'organisation systématique, il n'y avait d'organisation permanente.
Ceci dit, je rappelle que j'examine ici une question très précise qui est la suivante: Quel effet a pu avoir l'enseignement dans le développement du français proprement dit ? Est-ce à elle qu'on peut attribuer l'unification du parler canadien ?
Ces écoles étaient avant tout destinées à donner l'instruction chrétienne. C'était vraisemblablement en français le plus souvent ; il put arriver cependant, au moins dans les premiers temps, que ce fut en patois, ainsi qu'en France. On y priait, on y enseignait à suivre les offices. Etait-ce en français ou en latin ?
J'irai plus loin, les maîtres montraient à lire ; qui nous prouve qu'on fût plus avancé qu'en France, et qu'on n'enseignât pas à lire d abord en latin, ce qui avait le double avantage de présenter moins de difficulté, ensuite de permettre aux enfants de servir la messe ? Comment savoir si les enfants poussaient toujours jusqu'à la lecture française, qui venait ensuite'?
Le nom d'écoles ne doit donc pas faire illusion. A moins que mention expresse ne soit faite qu'on instruisait les élèves dans la langue française, rien n'autorise à affirmer que cela se pratiquât régulièrement. Le programme d'une école d'alors ne ressemblait en rien au programme d'aujourd'hui, et il est de toute vraisemblance que l'enseignement dans les colonies, s'il différait sensiblement de celui qui se donnait dans les écoles de France, n'était pas émancipé de pratiques qui ont été suivies chez nous jusqu'au xix" siècle. Or,