‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 220 sur 330 · Lelt. Canada, p · texte numérisé non relu

Lelt. Canada, p

2. Mg'' Gosselin, avec son honnêteté ordinaire, constate (p. '233) que le troisième livre de lecture, prescrit par l'Ecole Paroissiale, et qui devait être choisi entre lesOjJices de Notre-Dame, de Sainte-Croix, du Saint-Esprit, les Psaumes, VOfJïce des Morts, était en latin. « Il faut premièrement que les enfants, pense le Chantre de Notre-Dame, avant que d'être mis à la lecture française sachent bien lire en latin ».

j'ai prouvé qu'en France bien des enfants s'arrêtaient en chemin et quittaient l'école sans savoir lire en français'.

Qui plus est, personne n'a le droit de dire que la lecture et l'écriture figuraient au programme d'une école, à moins de textes précis. L'affirmer, ce serait transporter le présent dans le passé. Je pourrais citer telle école de Champagne, oîi, jusqu'en 1873, deux sœurs, accréditées par une lettre d'obédience du Cardinal Archevêque de Reims, tenaient l'école publique de filles, et ne savaient ni écrire, ni lire. C'était l'instituteur de l'école des garçons qui, bénévolement et clandestinement, les suppléait.

Je ne conteste rien, j'interroge. Il serait très important que les savants qui sont sur place, avertis, poussent leur enquête jusqu'au point où ils pourraient répondre à ces questions.

Ceci dit, il ne nous reste qu'à tirer des livres cités quelques renseignements très intéressants qu'ils contiennent".

Dès IfiSo, les Jésuites inauguraient leur collèoe en ouvrant une petite école. Le Séminaire en fonda une à son tour en 1700 et les deux établissements se maintinrent jusqu'à la fin du régime français, avec quel succès, on n'en sait trop rien \ Sous l'impulsion d'un secrétaire de la Dauphine, appelé Berthelot, se créent de petites écoles. Au cap Tourmente deux ecclésiastiques instruisent une trentaine d'écoliers et les orientent vers les Arts et Métiers. A Montréal, Marguerite Bourgeoys, dès son arrivée, se mit à enseigner les enfants (1653). Il n'y avait pas eu là, semble-t-il, d'école régulière avant la sienne (30 avril 1658). Un peu plus tard, en 1661, il s'en ouvrit une seconde, celle du Séminaire. Charron, le fondateur de l'Hôpital général de Montréal, forme des maîtres d'école, auxquels la Cour interdit de faire des vœux et de porter un uniforme monastique. Aux Trois-Rivières, le notaire Aneau cumulait ses fonctions avec celle de maître d'école depuis 1652.

Dans les « côtes ». — Voilà pour les (( Capitales ». Roy poursuit : « Une fois organisé dans les villes, l'enseignement primaire y fut toujours assuré. Dans les «côtes», rien n'est moins certain. Elles n'apparaissent guère avant 1670, ces écoles rurales. Au début du xviii" siècle, il restait encore beaucoup à faire. Les autorités de la Colonie s'émurent de l'insuffisance de l'enseignement dans les cam-

\. H. L., t. V, pp. 38 et suiv.

2. \ oir en particulier. Ant. Rov, Lelt. Can.. pp. 7-1.^, et l'abbé Groulx, o. c, pp. 1-20.

3. Leurs écoles (des Jésuites) ne furent jamais bien fréquentées. C'est un fait que M. de Saint-Vallier, évêque de Québec, constatait en t68H (Miss, du Canad. Append., t. II, p. 370).

pagnes. En 1718, MM. de Vaudreuil et Bégon, gouverneur et intendant de la Nouvelle-France, écrivaient au ministre qu'il n'existait pas de maîtres d'école dans les paroisses, et lui en donnaient les raisons. Mgr. Gosselin montre qu'il y avait dans ces plaintes quelques exagérations. Peut-être, mais, pour qu'elles aient pu se produire, il faut que le développement des écoles soit resté médiocre '.

Un effort sérieux fut alors tenté pour mettre les avantages de l'instruction plus à la portée des habitants. EtRoy énumère, d'après Mgr. Gosselin, les créations : treize dans la région de Québec, trois dans la région des Trois-Rivières, six dans la région de Montréal ^

C'était encore bien peu et il est sage de conclure que si Kalm, en 1749, a pu affirmer que « chaque village » avait son école, c'est que les choses étaient allées bien vite. Mais, de toutes façons, ce progrès tardif ne peut entrer en considération dans la question qui nous occupe ici.

Du reste il faut entendre le mot village dans le sens exact où Kalm l'a employé. (( Chaque église, dit-il, est entourée d'un petit village, il est formé principalement du presbytère, d'une école pour les garçons et les filles, et des demeures des commerçants et artisans, rarement des habitations des fermiers » ^. C'est donc une sorte de chef-lieu de paroisse, ce que dans beaucoup de régions de France on appelle le bourg. Combien y avait-il de ces bourgs, sur l'immense ligne allant de Montréal à Québec, « longue de plus de cent quatre-vingt milles » *, pour ne parler que de celle-là, et que pouvait être la « fréquentation scolaire » par les temps de neige, si longs dans ce pays, à peu près dépourvu de bons chemins entretenus ?

1. L'abbé Groulx donne des chiffres intéressants. « Avant la fin du xvii<* siècle, ditil, l'on pourra recenser... la fondation ou l'existence (la correction que l'un de ces deux mots apporte à l'autre montre l'esprit critique de l'auteur) de vingt-quatre petites écoles, dont onze pour la région de Québec, neuf pour celle de Montréal, quatre pour les Trois-Rivières. De ces écoles l'on retrace (== situe ?) quinze dans les villes, le reste dans les campagnes ». Les campagnes avaient donc en tout cl pour tout neuf écoles. L'auteur continue : « ce goût de s'instruire n'allait pas diminuer au dix-huitième siècle, en dépit de la dispersion croissante des colons. A ces vingt-quatre écoles vingt autres seront ajoutées avant la fin du régime français. Et voilà quarante-quatre petites écoles pour les centdouze paroisses de la Nouvelle France en ITliO » (o. c, p. 9).

2. Le personnel était presque exclusivement ecclésiastique, quoique des laïques agréés et surveillés, ne fussent pas exclus ; Roy nous conte qu'il se forma à Montréal une Association de citoyens de Ville-Marie pour les « escoles do cette ville « qui dura sept ans. il nous parle aussi de la communauté formée par un riche marchand de Québec pour soigner les malades et instruire les enfants. Elle amena vingt-quatre maîtres de France (1735), puis essaya d'une fusion avec les Frères des Ecoles Chrétiennes en 1737, et finit par mourir dix ans plus tard. Le régime était l'externat et l'enseignement était gratuit (Lei. Can.. p. 40-14).

Ces tentatives ne prouvent-elles pas du reste qu'il v avait encore beaucoup à faire ;'

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