Nova Francia, IV, n° 4, 1929, p
'2. \oir des Spécimens dans Valtier, Ment. Can., p. 137 : « Je né que le tan de ta casé récepcion de tes lettre ».
signature ailleurs. C'est possible, mais bien étrange. Savaient-ils vraiment écrire, ou, au contraire ne leur a-t-on pas un jour tenu la main"? Et puis une signature, ce n'est à peu près rien. J'avais montré à une vieille cuisinière à signer, disons à dessiner son nom. Elle n'est jamais parvenue à lire ni un mot ni un nombre'.
Ce qui me frappe dans cette discussion, ce sont des témoignages qui ne peuvent pas tous être contestés. Citons celui de l'intendant Hocquarf en 1736: a Toute l'éducation que reçoivent les enfants d'officiers et des gentilshommes — qu'on remarque ces mots — se borne à très peu de chose ; à peine savent-ils lire et écrire, ils ignorent les premiers éléments de la géographie, de l'histoire. Il serait bien à désirer qu'ils fussent plus instruits » - ; celui de Bougainville en 1757 : Ils [les Canadiens] ne savent pas écrire ^.
Or, bientôt après viendront les Anglais. C'est d'abord Murray, qui nous dit (5 juin 1762): «En général les Canadiens sont excessivement ignorants » '\ En 1781, un haut fonctionnaire colonial écrit en Angleterre que, dans la province, pas un homme sur cinq cents ne sait lire ^. Des marchands qui enquêtent sur l'instruction du peuple, se montrent scandalisés (1787) : « Les capitaines de milices, fréquemment tenus de faire exécuter des lois ou des ordres, sont si illettrés que pas un sur trois ne sait ni lire ni même écrire » '* ; le juge Owen assurait dans le London Evening Post que, dans les villes de Québec et de Montréal, il n'y a pas en général trois hommes dans une paroisse qui sachent lire et écrire, etc.
Assurément on peut ergoter, discuter l'exactitude de certains de ces dires. Leur concordance oblige à croire qu'ils sont en partie fondés ; l'abbé Groulx ne les conteste pas du reste.
Dès lors on est porté à se demander si les auteurs qui ont parlé du « temps français », comme on disait en Alsace naguère, ont réfléchi à la contradiction entre le tableau qu'ils font des années
I. Reconnaissons que, parmi les signatures dont on a donné le fac-similé, la plupart m'ont paru être celles de gens qui réellement savaient écrire. (Voir par exemple dans P. G. Roy, L'Ile d'Orléans, p. 340).
•2. Dans A. Gosselin, L'tigl. du Canada, t. II, p. 14t.
3. Mém. s. l'état de la Nouv.-Fr.,p. 6t dans Rapport de l'Archiviste de la Prov. de Québec, pour 1933-WM. Ls. A. Proulx, 4924.
Ant. Roy (Let. Can., p. 50, n. 7) allègue d'autres témoignages, en particulier celui du Voyage au Canada, par J. G. Bonnefons (Bibl. Nat., N. Acq. fr. 41o6, p. 49). Ce témoignage, qu'il ne donne pas, tient en une ligne: ils [les Canadiens] sont généralement peu instruits.
4. Gosselin, Louis Abadie, p. 97. Cf. Murray à Lord Shelburne, Londres, 20 août 1766, dans l'abbé Ivanhoe Caron, Colon. Prov. Québec, p. 264.
o. Voir Abbé Groulx, o. c, p. 44.