Id., ib
qui ont précédé 1760 et l'état qui nous est donné de la colonie, dix, quinze ou vingt ans après la conquête anglaise.
Qu'étaient donc devenus tous ces gens instruits d'avant 1760? Tous n'avaient pas péri en si peu de temps. S'ils avaient su lire avant la capitulation de Québec, comment se fait-il qu'ils fussent devenus ignorants après ? Les jeunes n'avaient rien appris, soit ; quoiqu'on ne voie pas pourquoi les mères auraient cessé dans leur détresse de donner à leurs enfants les soins dont elles les comblaient auparavant, dit-on. Restaient les anciens. La conquête, Pentecôte à l'envers, leur avait-elle par miracle ôté l'usage de leurs facultés?
En mettant fin h ces considérations je ne voudrais plus ajouter qu'un mot de conclusion, très ferme, c'est qu'il est de toute impossibilité, même si on met les choses au mieux, qu un enseignement aussi pauvrement distribué, aussi peu poussé que celui dont nous venons de parler, ait pu avoir une influence sérieuse sur le langage des Canadiens français. Il ne pouvait vraiment être meilleur qu'en France, où j'ai montré ce qu'il donnait ^ Tous les enfants eussentils su par cœur L'Ecole paroissiale, qui fut, nous dit-on, si répandue dans le pays, qu'ils n'y auraient à peu près rien appris de la doctrine de notre langue, puisque ce livre s'arrêtait en grammaire à la conjugaison des verbes, « trop difficile » ' ! Pas une ligne sur le vocabulaire, la prononciation, en un mot rien de ce qui eût pu corriger un accent ou redresser une habitude de langage.
Un mot des enseignements plus élevés. — A l'égard de l'enseignement secondaire et de l'espèce d'enseignement supérieur qui exista au Canada, les incertitudes sont pires encore. Le latin semble y avoir joué un rôle dominant et encombrant.
Quand, dans une école ordinaire, on voulait élever un peu le niveau, c'est de ce côté qu'on se tournait. A la Pointe de Lévy, au Château-Rieher, à Saint-Joachim, on ajoute au programme l'étude du latin ^ Dans les Collèges, le même latin paraît avoir été à la base, et peut-être au sommet de tout. Le collège de Québec est un collège de Jésuites, qui a débuté modestement. Or, dès 1636, on y ouvre des classes latines ; en 1631 nous y constatons l'existence d'un professeur de grammaire, mais de grammaire latine, naturellement. En 1635, l'établissement est devenu collège de plein exercice.