Voy. S'-Dom.. 17S8-1790, t. II, p
'd. Projet (Vélablissemenl d'une école civile et militaire sous le titre d'école royale des colonies, par M. de La Mardelle. Proc. général du Conseil Supérieur de Port au Prince. En risle Saint-Domingue (Mss., Nouv. Acq. franc., n° 43,57).
Une note de la page il rapporte à M. Bertrand, c-- d'honneur au Bureau des Finances de Tours, iiabitant la plaine du Cap-Français, la première idée de cet établissement.
L'école étant établie pour les Isles du Vent et sous le Vent, elles en feront les fonds. L'école devait être placée en France et devait avoir cinq cent six élèves.
Les événements, comme on pense, ne permirent pas à ces idées de prendre corps. Il ne faudrait pas croire pourtant qu'elles fussent particulières à l'auteur.
Pauvreté des résultats. — L'instruction première était nulle ou à peu près. Il ne pouvait guère y avoir d'écoles même dans les villes. « La chaleur, exposent MM. de Nolivos et Montarcher, en 1771, empêche ici d'enfermer les enfants ensemble. Les maîtres, que l'on feroit venir de France, succomberoient aux maladies, et nulle ressource dans la colonie pour les remplacer. Il n'est personne, en effet, qui s'y applique à l'étude des lettres ou des sciences ; ...tous sont partagés entre la culture et le commerce, on seroit forcé aussi de faire servir les .enfans par des esclaves grossiers, sans mœurs et sans principes » *. Le résultat, Moreau de Saint- Méry l'a constaté dans le passage cité plus haut, c'est que, là où il y avait des écoles, on y enseignait seulement « à lire, à écrire et l'arithmétique ».
Gazettes. — On vit naître une presse dans l'île. Depuis le 10 janvier 176i, il s'y publia un journal: la Gazette de Saint-Domingue. Elle avait commencé à paraître sur l'ordre de l'Intendant, M. de Clugny de Nuis. On avait pour cela établi une Imprimerie".
La Bibliothèque Nationale a conservé le Prospectus de cette Gazette^. Le rédacteur Monceaux fait appel aux « Particuliers qui continuent d'entretenir commerce avec les Muses », qui cultivent les Lettres, qui s'appliquent à l'Histoire Naturelle, « qui se sont fait l'habitude de jelter sur le papier des idées, des vues et des réflexions que des circonstances inattendues peuvent faire tourner à l'avantage ou à l'amusement de la Colonie ». 11 les invite à « ouvrir leurs portefeuilles » ^.
Au bout de quelques mois la Gazette fut supprimée, mais d'Estaing la rétablit, et, dès le 29 août, on vit paraître les Avis dit>ers et petites
1. Lettre conservée aux Arch. Mar. et Col., dans Vaissière, o. c, p. 307.
'i. En fait, une imprimerie avait clé fondée plus anciennement, dès ilHd (voir Moreau de Saint-Mérj, o. c, t. I, p. 353). Longtemps cette imprimerie fut réservée presque exclusivement aux papiers administratifs. Puis la colonie en eut deux, et ensuite trois, du même caractère, semblc-t-il.
3. L. \1, c. 17, 18, 19. Au Gap, de l'impr. Roy., 17(îi, in-i". Le prospectus est suivi de l'approbation de l'Intendant Glugny De Nuis (10 janvier 1764).
4. Les Avis du Cap ("28 mars 1768-3 juillet 1769) portent, à partir du iO avril 1769, le sous-titre : ou Siippléinent aux A [fiches Américaines.
Affiches Américaines, qui devinrent ensuite les Affiches Américaines (1" janvier 1766-30 décembre 1790).
Dans ces journaux, on donne des nouvelles locales, des conseils sur les cultures et les industries ; on signale le cours des marchandises, l'arrivée des navires, les décès. Il y a aussi des réclames et des annonces d'objets divers et ... de nègres à vendre.
Il ne faudrait pourtant pas croire que l'horizon du rédacteur ait été borné. La Gazette de Saint-Domingue tenait ses lecteurs au courant de tous les événements d'Europe. Je fais peu de cas des Enigmes, Logogrjphes, Odes même, qu'envoient ses lecteurs*. II est tout de même intéressant de constater que des gens se plaisaient à des jeux d'esprit, écrivaient des vers galants, et qu'il se trouvait des abonnés pour les lire. Bientôt, s'apercevant de rinsulFisance de ces fadaises, les Affiches Américaines se proposent d'insérer des morceaux pris aux grands écrivains ^ Je n'ose pas dire qu'on fit de la publication un organe littéraire. Il y entra tout de même un peu de littérature vraie ^
Moreau de Saint-Méry aiïirme que le journal, en 1788, avait quinze cents abonnés^. C'est un chiffre considérable pour l'époque.
Librairies. — Ce sont les Imprimeries dont nous avons parlé qui semblent avoir tenu lieu de librairies. En tous cas, on y vendait occasionnellement des livres ^, non pas choisis, mais tels que les fournissait une succession ouverte".
Cercles. — Au cercle des Philadelphes du Cap-Français, on agitait toutes sortes de questions comme dans les réunions analogues en France '.
Théâtre. — Y a-t-il des salles de spectacles à Saint-Domingue ? demande l'Européen, dans un des Dialogues insérés au tome II du
•1. Voir pp. 43, 57, 66,99, etc.