‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 235 sur 330 · Id., ib.. 0. c, t. I, pp · texte numérisé non relu

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public à cette pièce où les « localités » jouaient leur rôle, et où on s'amusa d'un capitaine provençal « en jargonnant son patois et les tours originaux du langage des anciens troubadours » '. Petit fait, mais fort curieux. 11 suppose qu'une partie au moins de la salle était capable de rire des jargonneurs.

Le journal annonçait les représentations '. Il insérait des comptes rendus, voire même des dithyrambes en l'honneur des acteurs et des actrices\ Evidemment le goût du théâtre était très répandu, car on allait jusqu'à donner des analyses de pièces représentées enFrance \

Après Cap-Français, Port-au-Prince veut avoir aussi son théâtre, et il possède bientôt une salle de sept cent cinquante places. Puis c'est Saint-Marc, dont les habitants voient un jour la représentation de Cartouche interrompue par un tremblement de terre. D'autres villes de Saint-Domingue se mettent, elles aussi, à réclamer des représentations dramatiques. Bref, il y a bientôt sept salles de théâtre pour cinquante ou soixante mille habitants libres. Comme il serait trop coûteux de faire venir des « tournées » de France, les habitants de Saint-Domingue ont des troupes permanentes et rémunèrent largement les artistes. Quelques-uns de ces acteurs arrivent à une véritable renommée, notamment un certain Chevalier, qui s'intitule comédien du Roi. En 1781, une créole de couleur, M"^ Minette, fait d'éclatants débuts sur la scène de Port-au-Prince ; on l'appelle « la Jeune Personne », et plus tard on donne son nom à l'un des bateaux qui font le service de Saint-Domingue en France ^

Moreau de Saint-Méry, après avoir montré les agréments qu'apportaient les spectacles, ajoute : « On peut aussi y prendre des leçons de langue*' ». Il n'est pas bien sûr qu'on vînt les y chercher.

i. Moreau de Saint-Mérv, o. c, t. I, p. 367-368. Ribier et Volange, des Variétés, jouèrent sur ce théâtre.

2. « La Comédie du Cap donnera Dimanciie prochain Tiircarel. .. suivie des Amours de Nanterre, Opéra-comique «... La clôture... se fera le 2H par Atalie (sic) et les Trois Frères rivaux de M. de Lafont. Des amateurs y jouent des rôles ÇAvis divers et petites AJ/iches Amer.. '20 mars 1763, n" 12, p. 111).

3. Le n" 19 (mercredi 6 juin 176'i) contient des vers adressés à la Dame Mentet, qui avait chanté le 27 mai le rôle de Colette dans Le Devin du ViUaije (p. 133).

A. Les Avis divers du mercredi 14 août analvscnt Les Decius Français de M. de Rozoy, pp. 281 et suiv.

En 1766 les Ajffiches Américaines donnent une étude de l'opinion anglaise sur IM»'^ Clairon (2 avril).

3. Le naercredi 30 octobre 1763 on annonce à la Comédie du Cap L'École des femmes, l'Ecossoise. suivie des Trois Rivaux.

Un amateur a composé un Opéra-bouffon Les deux Amies (j.e Village, qui viendra ensuite (p. 383).

Le 24 septembre 1766, annonce du spectacle du lendemain, au Cap: Les Troqueurs et La Sénérade. Le Roi et le Fermier a fait salle comble, on le redonnera le 28.

D'autres spectacles sont annoncés, où la danse joue un grand rôle.

Toutefois, si les entrepreneurs avaient réalisé de beaux bénéfices', c'est qu'il y avait afïluence, et la langue n'y perdait rien, si indifférents que pussent être les colons à l'avantage d'entendre le bon français.

C. A LA Martinique. — Etablissements d'instruction. — Sans parvenir plus qu'ailleurs à une organisation véritable, ilssemblenty avoir fait quelques progrès au xviii^ siècle. Le français entrait dans leurs programmes. Ainsi les « Institutions et Reglemens pour la Maison de la Providence, établie au Port-Roïal de l'isle Martinique par Lettres Patentes du 20 septembre 1768 pour l'Education des Jeunes Françoises », dans la partie consacrée aux Cours d'Etudes, contenaient des articles formels : « On leur [aux enfants] enseigne les principes de la morale et la religion, à lire, à écrire, la grammaire française, rortographe(s/c)'... ». C'est dans cette institution que s'est formée une élève de marque : Joséphine Tascher de la Pagerie, qui devint l'épouse de Bonaparte et l'Impératrice. Elle n'était pas sans culture ^

Les Etrennes mig/ionnes portent mention d'une autre école : Le collège établi au Fort-Royal, en 1768, est autorisé sous le nom d'Ecole de Saint-Victor, par lettres patentes du Roi, de 1768, enregistrées au Conseil souverain de cette isle, le 18 septembre 1769 — La régie en a élé confiée aux Frères des Ecoles chrétiennes de la maison de Paris, par ordre du Roi du 13 décembre 1776. Les instructions sont distribuées en quatre classes : savoir, de Grammaire, d'Arithmétique, d'Histoire et de Mathématiques ; on y fournit des maîtres pour la danse, la musique, les armes, le dessin et les exercices militaires. C'était chose importante que l'établissement des excellents maîtres qu'étaient les Frères. Leurprogramme faisait une large place à l'enseignement de la langue du Roi..

1. En 1787, la comédie de Port-au-Prince avait réalisé trois cent quarante mille livres de recettes contre deux cent quatre-vingt mille de frais (Vaissière, S'-Dom., p. 334, qui cite Moreau de Saint-Méry, Noies historiques, Arch. Mar.).

2. Paul Roussier, Une Maison d'Educalion à la Martinique, Bev. Hist. des colon., mars-avril 4930, p. 163.

3. Il existe de petits Annviaires, dont certains furent imprimés aux lies, ainsi les Etrennes mignonnes de la Martinique et Dépendances, pour l'année bissextile, 1788. A la Martinique, chez Pierre Richard, imprimeur du Roi et du Conseil souverain, in-3'2. Se trouve à la Bibl. Hist. de la Marine.

Sous le titre d'Etablissement civils, on n'a pas oublié d'y mentionner l'établissement dont nous venons de parler.

Le livret nous donne des indications supplémentaires :

« Les instructions sont distribuées aux quatre classes : savoir, de Grammaire, d'Ecriture, d'Arithmétique et de Travail ; on y fournit des maîtres pour la danse, la musique et le dessin ».

Gazettes. — Je n'ai pas pu consulter toute la collection de la Gazette de la Martinique. La Bibliothèque Nationale n'en possède que quelques numéros '. C'est un périodique très varié, assez bien rédigé, où on s'occupe de tout ce qui se passe en Europe. Ce que j'y ai trouvé de pl'us curieux, de notre point de vue, c'est l'annonce du Cours de tachygraphie, du S"" Genty, de l'Académie royale d'écriture de Paris, qui enseigne au besoin par correspondance'.

Malgré tout, ceux des Martiniquais qui firent une carrière brillante étaient venus étudier dans la métropole, ainsi J.-B. Mathieu Thibault de Chauvalon, qui, revenu dans l'ile, fut membre du Conseil Supérieure

Théâtre. — On nous a raconté récemment l'histoire d'un vieux créole, dont Leblond, en route pour la Martinique, se fit un ami en lui lisant pendant la traversée le théâtre de Molière (1766)'.

L'ile eut bientôt de quoi satisfaire sa curiosité. Un théâtre y fut créé. C'était chose importante. Nous avons de très curieux détails sur l'établissement de ces spectacles français, car ils n'étaient pas passés inaperçus, même en France.

C'est l'envoi de régiments français dans les Iles qui est à la base. Les ofiîciers s'ennuyaient. Or, dans leurs garnisons, ils jouent volontiers la comédie, même avec les comédiens. Leur projet fut bien accueilli. Le charme de la nouveauté, puis le goût des applaudissements déterminèrent les femmes à se mêler à la troupe. Les commerçants aidèrent. Une compagnie s'établit, distribua des actions. Un nommé Galand, ancien directeur de troupe, se trouva à point nommé à Saint-Pierre; « l'art y commença un peu comme dans la Grèce ».

Dans le principe on se borna à la comédie, à l'opéra-comique, aux drames lyriques. Le genre tragique eût exigé des dépenses et peut-être dépassé le niveau des spectateurs et surtout des spectatrices. Au commencement delà seconde année arrivèrent trois femmes et quelques acteurs. On ne conserva rien de la première troupe, sauf un jeune homme qui « avait la voix et tous les caractères extérieurs » d'une femme. 11 y a là un changement caractéristique. C'est un théâtre régulier qui prend naissance.

Sur les résultats on ne peut mieux dire que le Spectateur : « Outre qu'il [le théâtre] est devenu une source nouvelle déplaisirs

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