Il était né vers 17''2o, à Rivière Pilote
4. A. Lacroix, Membr. et Corr. de l'A. des Sciences dans les Colonies, p. 48.
et un délassement agréable, le commerce n'a pas lardé à en sentir les avantages. Les femmes qui auparavant vivaient isolées se sont rapprochées, le désir de paraître en public avec tous ses avantages a fait naître le goût de la parure ; les deux sexes s'en sont piqnés, et cette émulation a donné plus d'activité au commerce et à l'industrie. MM. les administrateurs ont dû protéger le spectacle et encourager les actionnaires et les comédiens, qui n'ont trouvé de contradicteurs que dans les Pères Blancs ou Dominicains (les Jansénistes des colonies), dont les déclamations n'ont cependant pas empêché l'établissement d'un spectacle que la Politique et la Raison avouent et qu'on sent bien que la raison ne peut raisonnablement improuver comme pernicieux pourles mœurs, surtout dans ce pays-ci, où le spectacle n'ajoutera rien à la corruption qui y régnait avant lui et dont l'espèce n'a pas les comédiennes pour objet : où le goût plus ancien pour les noires éloignera toujours vraisemblablement de ces sortes de femmes par la facilité de se satisfaire et parce qu'il n'exige de la part des Créoles ni les mêmes dépenses ni les mêmes soins; que les hommes, dans nos colonies^ ont plus le goût des plaisirs faciles que celui des plaisirs délicats, qu'enfin l'indolence presque apathique des femmes créoles, jointe au peu de ressources qu'elles tirent de leur éducation, rendra longtemps leur société peu agréable, à moins que le spectacle n'opère dans leur manière d'être une révolution qu'il est possible qu'on désire, et qu'on doit désirer ».
D. A LA Guadeloupe. — L'île se développait aussi, sans avoir l'importance de la Martinique. Après 1763, La Pointe-à-Pitre futfondée. Malgré des accidents graves, les cultures y prospéraientet la population y augmenta d'année en année ; elle atteindra en 1790 plus de cent mille habitants.
L'instruction. — Elle y était à peu près inorganisée, s'il faut en croire un savant considérable, ce Peissonnel qui exerce en 1726 la charge de médecin du Roi dans l'île.
Peut-être, avec ses connaissances et son esprit porté à la haute culture scientifique (c'est lui qui a découvert la vraie nature des coraux), était-il enclin à juger avec trop de sévérité. En tous cas, ayant appris que l'Académie de Marseille, dont il était membre, avait mis au concours un travail sur l'éducation, il lui envoya une série de lettres qui n'ont pas été imprimées, mais qui sont conservées dans les Archives de la Compagnie ^ Nous passerons sur les
1. C'est M. Brun, professeur à la Faculté d'Aix. qui a bien voulu dépouiller pour
considérations qui concernent l'abus qu'on fait du latin dans les Collèges, sur la nécessité de donner une base scientifique à l'enseignement, d'introduire l'histoire, sur l'apprentissage de la politesse, les jeux. L'esprit général est celui qui amènera la création des Ecoles Centrales. 'Nous ne retiendrons ici que ce qui concerne l'état de l'instruction à la Guadeloupe.
La première lettre débute ainsi : « Que nous sommes malheureux dans ce pays de ne pouvoir donner aucune éducation à nos enfants; les lois divines, les lois humaines, notre amour-propre, tout nous presse à donner tous nos soins pour les bien élever ; mais les moyens nous manquent : point de colèges publics, point d'écoles particulières ; il est presque impossible de trouver des gouverneurs et des précepteurs ; les personnes d'un certain mérite ne veulent pas se borner à une fortune aussi médiocre que celle de précepteur ; les autres, peu capables d'élever des jeunes gens, n'ayant eu en some aucune éducation, sont la plus part adonnés à toute sorte de libertinages » '.
Imprimeries et Gazettes. — Dessalles nous a conté les débuts de l'imprimerie dans l'île. Ce progrès fut dû à la demande qu'avait faite, en 1761, la Chambre d'agriculture, d'un privilège pour un imprimeur. Larnage et Maillart, dès 1742, avaient fait comprendre au Ministère l'importance d'un pareil établissement ; la guerre en avait empêché l'installation, qui fut réalisée par Marie, nommé imprimeur-libraire par le roi, avec un privilège exclusif pour toute la colonie-. En 1763, l'imprimerie était en activité. Une autre suivit, installée à la Basse-Terre, en 176o. Elles étaient, bien entendu, occupées surtout à reproduire des papiers d'afïaires, dont la transcription avait été si longtemps réservée à des clergeons, souvent venus d'Europe et incapables d'un travail manuel, qu'on occupait ainsi, et dont les gouverneurs protégeaient l'industrie, de façon à les retenir. 11 en sortit un journal La Gazette de la Guadeloupe^. Elle est très bien informée de ce qui se passe en Europe et en France. Ainsi le numéro du 1"' janvier 1788 reproduit (p. 3) la « Péroraison d'un discours prononcé aux environs de Nismes, dans
moi ce dossier composé de dix-huit lettres datées de IToO. Plusieurs sont adressées à M. et M™*^ de Retz. Chacune a un titre en marge. M. de Retz répond. Il v a aussi des lettres au Supérieur des Jésuites ; c'est un entretien épistolaire.
1. Suit un long développement sur les inconvénients, surtout d'ordre moral, qu'il v a à laisser les enfants nourris par les négresses, au milieu des négrillons. Pour v parer, il faudrait de toute nécessité une instruction religieuse : c'est là le sujet de cette première lettre.
"1. Hist. (jén. des Ant., t. V, p. 347.