Bibl. Nat., Journ
une assemblée de protestants, au sujet de rÉdict concernant les non-catholiques ». On y donne les nouvelles concernant les différends du Roi et du Parlement, des informations de toutes les capitales de l'Europe.
La Gazette a aussi des articles de fond, ainsi: L'influence de la découverte de l'Amérique sur le bonheur du genre humain, de labbé Genty. Les idées en sont très larges, les vues sur l'Amérique septentrionale favorables : « L'Indépendance des Anglo-Américains est l'événement le plus propre a accélérer la révolution qui doit ramener le bonheur sur la terre. L'Amérique Septentrionale sera désormais lasyle de l'Européen persécuté, de l'Indien opprimé, du Nègre fugitif » '.
Théâtre. — Il commença en 1772. On recruta d'abord le personnel comme on put, puis, pour reprendre l'expression du Spectateur, « on remplaça par des sujets mieux choisis ceux que la disette avait forcé de prendre ».
Rayonnement dans l'archipel. — De même que quelque chose de la culture métropolitaine passait dans les îles françaises, de même le reflet des îles s'étendait au delà même des terres qui allaient continuer à nous appartenir.
Sainte-Lucie avait aussi sa gazette française : La Gazette de Sainte- Lucie. Elle ressemblait à ses sœurs. Pour indiquer combien l'esprit en était français, je me bornerai à rappeler le numéro du o août 1788, qui renferme (p. 143) un article de Variétés intitulé Les lampes. Ces lampes, c'est Voltaire, Rousseau, Buffon, Montesquieu, qui viennent de s'éteindre : « Que nous reste-t-il ? Le sentiment de nos pertes et le désespoir de les réparer »-.
Conclusion. — Je n'instituerai, en terminant, aucune comparaison désobligeante. Mais mon lecteur ne pourra manquer d'être frappé de la différence profonde entre cette vie des îles et celle du Canada. Cette différence s'explique en partie par la distance considérable qu'il y a entre le mouvement des esprits entre 1739 et 1780. Quand le Canada fut arraché à la mère patrie, ni V Encyclopédie, ni le Contrat social n'avaient paru. La prérévolution n'avait pas commencé. D'autre part rien ne ressemblait moins aux « arpents de neige » que les terres brûlantes des îles. Les conditions sociales
\. Jeudi 46 octobre -1788, p 174.
2. Bibl. Nat., Journ., 3024. Sainte-Lucie envoyait encore à la Convention le 28 février 1793, un « député extraordinaire » pour demander les moyens de conserver celle colonie à la mère-patrie (voir Lettre ou Instructions de l'Assemblée générale coloniale de Sainte-Lucie la Fidelle..., imprimée à Paris, 1793 [Exp. n" 108]).
et économiques étaient aussi presque opposées : là une terre, féconde sans cloute, mais à laquelle il fallait demander sa subsistance par un dur travail personnel, ici des facilités de vivre incroyables, de la richesse facile assurée par le labeur d'un immense bétail humain. Quelles que soient les causes, aux Antilles la vie intellectuelle est née, les idées et les pfoûts modernes ont pénétré. Quelque chose de l'esprit venu de la France du xviii" siècle s'est répandu. Les religieux ne sont pas moins nombreux qu'ailleurs, ils catéchisent, enseignent, sermonnent, convertissent. Ils régnent sur les croyances, ils ne sont pas parvenus à imposer cette sévérité monacale qui, pour fermer les veux et les oreilles aux tentations et aux hérésies, prive les fidèles de distractions intelligentes. Il importait de souligner ce fait que pareil régime, élargi au delà du culte exclusif de la langue, la servait grandement.