‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 242 sur 330 · Mém. hist., t. H, pp · texte numérisé non relu

Mém. hist., t. H, pp

3. La Roncière (.Yè(yr. el Sé<jr., p. 47-48) nous raconte des faits analogues à propos de nègres. L'un d'eux, baptisé à Saint-Sulpice, qui avait eu la duchesse de Berry pour marraine, se sauve de notre comptoir de Wliydah, « pour vivre en maître avec des stupides plut.'jt qu'en esclave avec des gens d'esprit ».

au Christ et au Roi de nouveaux sujets et se rendaient même compte de l'utilité qu'offrait pour cet objet une large et profonde diffusion de la « Langue du Roi ». C'était, étendue au monde, la continuation de la politique inaugurée dans certaines provinces, telles que l'Alsace. Autour d'eux l'incompréhension et l'indifférence à ce sujet étaient générales. Autant dans la société du xviii^ siècle et déjà à la fin du XVII*, on était flatté de voir adopter le français par les Cours et la société policée d'Europe, autant il semblait indifférent qu'il gagnât des contrées lointaines et fût balbutié par des barbares. Il n'y avait rien là qui chatouillât la vanité nationale. Il fallait à nos conquêtes des objets qui en fussent dignes, je veux dire de la gloire et surtout du profit.

Laxgue et commerce. — Le monde des affaires eût pu tout de même être plus éclairé et démêler quelles facilités la connaissance du français apportait aux transactions. Cependant, même au cours de ce xviii* siècle, qui fut l'époque où l'économie politique prit figure de science, les théoriciens ne semblent pas avoir entrevu qu'il pût y avoir un rapport direct entre l'extension du français et le développement de notre puissance commerciale ou de notre richesse.

Sans doute, quels que fussentles dédains des économistes à l'égard du commerce extérieur ', tout le monde tenait compte du succès qu'avaient au dehors nos modes et nos colifichets, et on ne pouvait manquer de remarquer quels bénéfices en retiraient ceux qui se livraient à ce trafic.

Mais on considérait — - avec quelque raison — que, si nos modes triomphaient, c'était parce que la faveur publique s'attachait à toutes les élégances venues de France, que les gens du monde aimaient s'en parer, comme ils se paraient de manières françaises. Leur succès ne venait aucunement de ce qu'elles étaient achetées, prônées ou vendues en français.

Dès lors, comment les banquiers et les commerçants qui portaient outre-mer de la bimbeloterie, des étoffes, de l'eau-de-vie, voire de la chair humaine, confinés dans leurs vues étroites et leurs calculs terre à terre, auraient-ils eu la moindre idée d'une relation entre les progrès de leur commerce et l'expansion de leur langage ?

Tous les principes du Système et des bureaux qui l'appliquent, dit Tramond, toutes les lois, tous les détails d'administration sont alors dirigés exclusivement vers l'augmentation du produit et le renforcement de la mainmise du commerce sur ce produit^.

i. Voir H. L., t. VI, p. 3-28.

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