‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 243 sur 330 · LES IDÉES D'ASSIMILATION · texte numérisé non relu

LES IDÉES D'ASSIMILATION

En fait, du reste, quel que soit l'avantage pour un commerçant quelconque, acheteur ou vendeur, de pouvoir s'entendre avec son client par des paroles, il ne faut pas considérer que ce soit là une condition indispensable de toutes les transactions. J'ai moi même connu un grand éleveur, dont la spécialité était de vendre des chevaux entiers aux Etats-Unis, et qui ne savait que deux mots d'anglais : Good horse. Il n'a pas manqué, cela va sans dire, de faire apprendre cette langue à son fils. Mais, pendant de longues années, il a fait des affaires, de très belles affaires, sans ce secours, avec des Américains qui ignoraient totalement le français.

J'ajoute que souvent, dans le trafic des pays lointains, il ne s'agissait que de trocs. Savary contait à ses lecteurs comment ils se faisaient avec certains Peaux-Rouges. Les auteurs de « Relations » en ont dix fois parlé. Les deux parties se montraient ce qu'elles avaient à offrir ; Algonquins, Hurons, etc., étalaient leurs peaux de castor ou d'orignal, les coureurs des bois leur présentaient fusils, poudre, clous, eau-de-vie, etc. Avec des gestes, on arrivait à conclure. L'incommodité était grande, elle ne constituait pas un empêchement dirimant.

La traite, dit La Roncière.se faisait (avec les sauvages de la baie d'Hudson) à travers une fenêtre grillagée, car on ne laissait pas entrer les Indiens. Un festin sur l'herbe était offert aux chefs, un mélange de pois, mélasse et pruneaux cuits dans une chaudière, après quoi on leur donnait du tabac '.

Je me hâte toutefois d'ajouter que ces trocs à la muette, sans être jamais une exception, cédèrent peu à peu à des échanges où le langage joua son rôle. Mais qui eût imaginé que si mince avantage valût la peine d'instruire les sauvages ? Qui eût jamais pensé à créer des écoles de français, alors qu'on n'en avait pas dans beaucoup de villacres de France et encore moins dans les colonies à l'usaoe des enfants des colons ?

Dans certaines régions et sur diverses côtes, en Méditerranée ou sur les côtes occidentales de l'Afrique, on se tirait d'affaire avec quelque « langue franque » -, c'est-à-dire un « sabir », qui n'est jamais arrivé à prendre la forme d'une langue ^

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