LES INTERPRÈTES
convertis à la foi catholique, avaient une grande église, où Français et sauvages alternaient leurs chants, moitié en latin, moitié en illinois ^
Je n'insisterai pas sur ce point. Partout les Sauvages furent évangélisés en leur langue". Ils prient, chantent, font leur confession, etc., en cette même langue ^ Les « dogiques », espèce de répétiteurs ou de moniteurs indigènes qu'employaient les missions, n'en savaient sans doute pas d'autre.
Mon lecteur ne trouvera pas déplacé ici, j'espère, un court résumé d'une grande réception. Il s'agit de l'arrivée de l'évêque, le premier, Mgr. de Laval, à la mission de Saint-Xavier, le 23 mai 1673 : « Le P. Frémin se mit sur la droite, à la tête de tous ses Sauvages, et le P. Cholenec prit la gauche, ayant avec soi tous les Français qui demeuraient aussi en assez bon nombre à la Prairie. Un des capitaines Hurons et un des anciens de la nation se placèrent sur l'estrade, d'où celui-là cria, en leur langue, à Monseigneur, lorsqu'il était encore à quelques pas du bord : « Evêque, arrête ton canot et écoute (( ce que j 'ai à te dire » . Sa Grandeur s'étant fait expliquer ce compliment sauvage, s'arrêta volontiers pour écouter ces deux orateurs qui le haranguèrent l'un après l'autre... Monseigneur mit pied à terre; et, étant revêtu de son camail et de son rochet, il donna la bénédiction à tout le monde. Le P. Frémin entonna aussitôt le Veni Creator en langue iroquoise et fut secondé de tous les Sauvages — Ils le suivirent dans une espèce de procession... le P. Cholenec, fermant cette marche avec les Français, chantaient alternativement en latin avec eux le Yeni Creator, qui avait été entonné en Sauvage... on arriva... au premier berceau sous lequel Monseigneur s'étant arrêté, un capitaine des Onnontagués et un autre des Onneïouts le haranguèrent au nom des cinq nations iroquoises. Evidemment l'intendant, qui accompagnait l'évêque, dut trouver un peu restreinte la part faite à la a langue du Roi » ^.
l. La Ronc, Ép. can., p. 170. Les instructions conaposées à leur usage par le P. Marquette sont conservées aux Archives d'Ottawa.
•2. « La mission de Saint-Jacques aurait besoin de deux missionnaires, parce qu'elle comprend deux nations qui ont chacune leur langue particulière » ÇMiss. des Outaouais. ■Uilà-Hili ; Miss. Can.. t. I, p. "219).
3. A elles seules les Missions du Canada fourniraient des textes en quantité : « Je le leur promettais [le baptême] à une condition ... elle consistait à savoir le Pater, VAve Maria et le Credo par cœav en leur langue » (Lett. du P. L. André, Miss. Can., t. I, p. 106). « J'ai vu les clirétiens assistant à la messe, où ils prient ordinairement à deux chœurs, les uns en huron et les autres en onneiout » (Lett. de la Miss, de Saint-Fr. -Xavier. Ib.. t. I, p. 27). « Go fut en chantant les litanies en langue iroquoise ... » {Miss, des Iroq. Ib., t. II, p. 37). « Dans la Mission des Outaouais (1672-1673) à la Maison de gte \larie du Sault, les sauvages chantent dos cantiques en leur langue » (^Miss. Can.. t. I, p. 72).