Id., ib. t. I, p
5. Ainsi Dutnont, dans ses Mémoires Histor. sur la Louisiane, nous parle d'un Français qui avait été pris avec un antre par les Altaquapas anthropophages et qui. étant parvenu à sauver sa vie, apprend leur langue, devient chef de parti et revient avec une députation à La Nouvelle-Orléans présenter le Calumet. Il parle d'abord sauvage, ensuite français (t. I, pp. 255 et suiv.). Le même cite souvent le S'' Papin. qui parlait la langue des JNatchez et qui fut mêlé à toutes les tractations avec le chevalier de Saint-Denis ; le S"^ de Lérv qui possédait tous les idiomes de la région et qui réussit dans des missions délicates (Id., ib., t. II, pp. 199 et 171). En Guyane même chose. Un colon établi là et au courant de divers dialectes indiens, Le Vendangeur, offrit son concours en attendant que l'abbé Biet eût recueilli son vocabulaire galibi (La Roncicre, Fr. bquinox., dans Hist. d. Col., t. I, p. 387).
Mérite ÉMiNENT DES missionnaires. — La place d'honneur appartient sans conteste aux religieux que leur zèle poussait à aller évangéliser les Sauvages de tous pavs et de toutes couleurs.
Ce n'est pas assez dire qu'ils entrèrent dans cette voie ; ils s'y précipitèrent: prêtres du Séminaire, du Saint-Esprit, Capucins, Récollets, Jésuites rivalisèrent. Tous les historiens de la colonisation, anciens' et modernes-, ont rendu un juste hommage à leur compétence et à leur ardeur. On peut dire que certains d'entre eux, le P. Le Jeune, Jérôme Lalemant, Massé, Ménard, Chaumonot, Labrosse, Lesueur, de Brébeuf, Bigot, de Carheil, Aubéry, sont restés célèbres.
Si le P. Marquette, dans son célèbre raid, n"a pu s'expliquer avec les chefs rencontrés au bord du Mississipi, ce n'est pas qu'il ignorât les langues indigènes, il en savait six\
La Hontan lui-même, si acerbe ailleurs, les considérait comme d'indispensables auxiliaires*. Le zèle des apôtres tenait lieu pour les pays de mission d'une organisation générale de « Jeunes de langues yy\ Ce n'est pas le lieu de raconter par quels moyens ils apprenaient les divers idiomes ^
■1. Voir Charlcvoix, o. c, t. II, p. 185 (16G8), et t. I, p. 32o.
i. La Routière, Ainér., Hist. d. Col., p. ol ; Nova Francia, IV, n" 3, p. Ion; P. G. Roy, L'Ile d'Orléans, p. 38, etc., etc.
3. Miss. Can., t. II, p. 283 ; cf. 76., t. J, p. 200 : Les langues diverses de ces nations ne font pas peur à nos mis^^ionnaircs. « Le vendredi saint, dit un autre rapport, on V prêcha la passion (à Michillimakinac) en trois langues différentes » (^Miss. des Oiitaouais, 167o, Miss. Can., t. II, p. 19).
D'après une lott. du P. Jean de Lamberville (^Miss. Canada, t. l, p. oo)le missionnaire sait riroquois. dont il cite quelques phrases. — Le P. Claude Allouez sait la langue des Miamis ou Miamack (3//ss. Can., t. I. p. 127). « iVous chantions les prières en leur langue, à la fin de l'instruction » (76.. p. 12T-12S).
4. « Le Gouverneur Général ne peut se dispenser de se servir des Jésuites Je ne
sçai si c'est par raport au conseil judicieux de ces bons Pères, qui connoissent parfaitement le Pays et les véritables intérêts du Roi, ou si c'est à cause qu'ils parlent et entendent à merveille les Langues de tant de Peuples différens )i {Nouv. Voy. de l'Amer. Septentr., Amsterdam, 1731, t. III, p. 81). On sait que La Hontan (Gueudeville) -}- vers 1720, après avoir été bénédictin, persécuté pour ses opinions, s'enfuit en Hollande, oi*! il se fit protestant.
5. l ne note contraire. l\elevons-la au passage : Bernardin de Saint-Pierre observe que les noirs, à l'âge oîi on les achète, ne peuvent apprendre le français; il ajoute que les missionnaires n'apprennerit pas leur langue (^Voyaye à l'Ile de Fr., éd. Aimé-Martin, 1833, p. 61, le passage est pris à un chapitre très sévère).
6. Je rapporterai seulement à titre de curiosité, ce qu'on nous dit d'un petit Huron, qui jouait auprès des Pères le rôle que son précepteur jouait auprès de Montaigne et leur corrigeait leurs fautes : Ignace Tokakion avait été apporté tout petit à Notre-Dame de Lorette. II « n'avait pas cinq ans qu'il répondait déjà parfaitement à la messe » — Il contribua « à enseigner la langue huronne à un de nos Pères, nouveau-venu de France. Ce Père, ayant toujours Ignace avec soi, lui communiquait ce qu'il voulait dire dans ses catéchismes et dans ses visites, et l'enfant le lui répétait plusieurs fois en bon huron. Ensuite, il l'avertissait en particulier des fautes contre la langue, qu'il lui avait entendu faire en public ». En revanche, il demandait à apprendre des cantiques et des oraisons (Miss. N.-D. de Lorelie ; Miss. Can.. t. II, p. 210).
LES LNTERPRÈTES H 03
Autres élèves da>s les la>'gues indigènes. — -Je dois pourtant ajouter que les Missionnaires n'eurent pas le monopole de ce rôle d'interprètes. Jacques Cartier lui-même avait donné l'exemple en prenant la peine d'étudier lalanejue du Canada. Des voyageurs aussi ont appris les langues sauvages. Le P. Labat s'était rendu familière la langue des Aradas'.
La Hontan, dont nous avons déjà parlé, possédait le huron, et c'est certainement en cette langue qu'il s'entretenait avec l'Indien Adario, le célèbre « Rat » qui soutenait, même sur la religion et sur les lois et les mœurs, des discussions, où La Hontan a certainement mis du sien -, mais qui n'en était pas moins un esprit d'une haute valeur, et dont l'autorité avait constitué une véritable Société des Nations indiennes, en accord avec la France (1700). M""* de Champlain elle-même avait, nous dit-on, appris la langue des Sauvages ^ Bénard de La Harpe, envoyé en 1721 aux Arkansas, chercher le fameux rocher d'émeraude, emmène avec lui le lieutenant Dumont, interprète aux Yasoux^.
Je voudrais encore marquer d'un mot — ceci n'est pas de mon sujet — quels services immenses tous les gens dont nous venons de parler ont rendus à la linguistique, en recueillant les parlers jusque-là inconnus de tant de peuples. Leurs ouvrages, imparfaits sans doute, mais infiniment méritoires, sont à la base de nos connaissances du huron, de l'algonquin, du caraïbe, du malo-ache, du galibi, etc.
•1. 0. c, t. IV, p. 173. Il donne des détails sur cette langue (76.. p. 133-136). J. Cartier joint à sa Seconde navigation un appendice : Ensuit le lamjaicje des pays et Royaulmes de Hochelage el Canada, aultremcnt dicts La nouvelle franco. — Il ne l'a assurément pas fait pour lui seul, en vue de soulager sa mémoire, mais comme un instrument destiné à faciliter la tâche à d'autres (Bibl. Nat. Ms. fonds fr., 3653).
"2. Voir Dial. de M. le Baron de L. H. el d'un Sauvage. Sur les orateurs sauvages, cf. La Ronc, Ep. can., p. 130-131.
3. P. G. Roy, Québ.. t. I, p. 71 ; cf. La Ronc, Ép. can., pp. 18 et suiv. Ch. Le Moyne, dont La Roncière a retracé l'iiisloire épique, était l'interprète d\i gouverneur de Frontenac.