‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 250 sur 330 · CHAPITRE III LES SAUVAGES ET LA LANGUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

CHAPITRE III LES SAUVAGES ET LA LANGUE FRANÇAISE

Attitude des Autorités. — J'ai dit déjà dans un précédent volume de cette Histoire quels avaient été les efforts de l'administration royale au temps de Colbert pour amener les Congrégations établies au Canada à instruire les enfants des Sauvages des éléments du français en même temps que des principes de la foi, et comment, après quelques essais infructueux, les premières tentatives, faites sans grande conviction, furent abandonnées'.

J'ai peu de choses à ajouter à mon exposé, rien en tout cas qui soit en contradiction avec mes constatations. Des documents, de belle apparence, ne prouvent à peu près rien. La Bibliothèque Nationale conserve un souvenir extrêmement curieux qui a été récemment exposée C'est une lettre déjeunes sauvages converties (Huronnes et Algonquines de Gaspésie et d'Onondaga), qui remercient un de leurs bienfaiteurs, M. de Sain, de Bourges. Cette lettre, sur écorce de bouleau aplanie, datée de Sainte-Marie des Hurons (octobre 1676), est rédigée en huron, avec une traduction en français. Ces enfants avaient donc fait, semble-til, de singuliers progrès.

Mais, sitôt qu'on regarde le texte avec quelque critique, on s'aperçoit que la lettre — si elle n'a pas été faite par quelque religieuse — a en tous cas été corrigée, et n'a pas plus de valeur historique que n'aurait une des lettres de nouvel an que me faisaient écrire les Frères de la Doctrine chrétienne, d'après un modèle et sous leur surveillance, alors que j'avais sept ou huit ans. Les signataires la comprenaient peut-être, elles ne l'avaient pas rédigée, le texte

1. T. V, pp. 405-tiO. Dans l'article Les lettres françaises et nos Couvents, par les Ursvilines (Prem. Congr. Lang. franc. Can., Mcm., p. 43*2), il n'est pas question de cette afl'aire. Pourcp^ioi ce silence ? Vattier (o. c. p. 10) s'est souvenu des plans et des rêves de nos hommes d'état : « Louis XIV, Colbert, Richelieu même, Talon et Champlain auraient voulu voir les deux races fusionner » dans la Nouvelle-France. Le fondateur du Canada, notamment, avait dit aux Indiens : « ÎNos garçons se marieront avec vos filles et nous ne ferons qu'un peuple ». El il renvoie à Groulv, La naissawe d'une race (p. 24).

2. Nouv. Âcq. franc, 6361. Cf. le Catalogue de l'Exposition : Quatre siècles de civilisation française, n" 48.

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