‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 251 sur 330 · LES SAUVAGES ET LA LANGUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

LES SAUVAGES ET LA LANGUE FRANÇAISE

même en fait foi '. Si on l'a écrite sur pareille matière, c'était pour lui donner un caractère sauvage.

L'enseignement des Sauvages. — De même, quand on lit entre les lignes ce qui est dit du Séminaire de l'Enfant-Jésus, les raisons qui amènent les familles des Sauvages à retirer leurs enfants apparaissent avec netteté: le Séminaire s'ouvre en 1668. Sept élèves français et six enfants hurons forment la première liste des pensionnaires : « Ce mélange, dit l'abbé de Latour, que l'on croyait utile, ne servit de rien aux Sauvages qui, infiniment attachés à leurs enfants, ne piu-ent se résoudre à s'en séparer ». On voulait donc non pas seulement les instruire, mais recruter parmi eux un clergé indigène qu'on aurait gardé. La suite est plus significative encore : « On en prit beaucoup de soin, mais on n'a jamais pu ni ouvrir assez leur esprit pour les faire entrer dans les matières théologiques, ni fixer assez leur légèreté pour les attacher au seri^ice des Autels » ".

Que des ecclésiastiques réguliers ou séculiers aient cherché à s'attacher des prêtres ou des religieux d'origine Peau-Rouge, il n'y avait rien là que de très légitime et de parfaitement compréhensible ; il n'en est pas moins vrai que pareille éducation avec pareil but choquait l'affection profonde que, de l'aveu de tous les missionnaires, les Peaux-Rouges avaient pour leurs enfants ; elle prenait ceux-ci à leurs familles et on comprend qu'elle ait effrayé et révolté ces familles. Ce n'était pas là l'école française, tout en étant catholique, que rêvait Colbert. Les enfants eux-mêmes n'auraient peutêtre pas éprouvé tant de nostalgie de la vie sauvage, si on les avait préparés à une vie libre dans la colonie et non à une carrière ecclésiastique avec toutes ses obligations et ses sacrifices. Les Gannondaris étaient clairsemées ^

Nous savons peu de chose des écoles créées pour les Indiens : à Sillery, pour les Algonquins et les Abénaquis; à la mission de la Montagne près Montréal, pour des Hurons et des Iroquois ; à Saint- François du Sault, pour des Indiens de diverses tribus. Je me

1. En voici un extrait : « nous vous remercions, dis ie, de ce que vous avez pitié de nous en ce que vous desirez que nous sovons intruites (sic) des saintes filles en la foy. Prenez courage, continuez a auoir compassion de nous, mais sur tout priez continuellement Dieu quil nous donne la grâce de bien croire afin que nous vous voyons (sic) au Ciel après nostre mort ».

On comparera dans P. G. Roy, ()uéb., t. I, p. 236, une lettre écrite par les congréganistes hurons pour leurs confrères de Paris. Elle était en huron et c'est le P. Chaumonot qui v avait joint une traduction française.

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