‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 284 sur 330 · CHAPITRE III VALEUR DU CRÉOLE. IL FAIT OBSTACLE AU FRANÇAIS · texte numérisé non relu

CHAPITRE III VALEUR DU CRÉOLE. IL FAIT OBSTACLE AU FRANÇAIS

Premiers dédains. — Généralement on méprisait l'idiome informe dont usaient des gens eux-mêmes méprisés. Il me parait significatif que Bernardin de Saint-Pierre, dans Paul et Virginie, ne mette pas un seul mot de créole dans la bouche d'un des serviteurs. L'ignorait-il ? Se refusait-il à souiller son idylle pour faire un peu de couleur locale ?

La première impression que produisaient ces parlers était détestable : <( langage faible, maussade et embrouillé, d'une tournure insipide, dépourvu de grâce et d'énergie, bref, un mauvais jargon », disait Girod-Chantrans '. Parlant de familles de Cayenne, Barrère nous dit : « Quoiqu'ils parlent tous français, à peine leurs enfans scavent-ils deux mots de cette langue. Leur jargon tient beaucoup du Nègre, surtout par la manière de prononcer. Les Négresses à qui on est obligé de confier l'éducation des enfans, ont introduit une infinité de mots de leur pays. On peut cependant dire que le langage Creol de Cayenne est moins ridicule que celui des Isles n ^.

Le créole devient une langue. — D'autres, mieux informés, plus accoutumés ou plus sensibles à une certaine grâce naturelle, trouvaient au créole, non seulement de la commodité, mais du charme.

Moreau de Saint-Méry en a dit déjà son avis : « Ce jargon est extrêmement mignard et tel que l'inflexion fait la plus grande partie de l'expression. Il a aussi son génie (qu'on passe ce mot à un Créol qui croit ne le pas profaner), et un fait très sûr, c'est qu'un Européen, quelque habitude qu'il en ait, quelque longue qu'ait été sa résidence aux Isles, n'an possède jamais les finesses.

« Je n'ignore cependant pas que le langage créol a donné lieu a

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