‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 285 sur 330 · VALEUR DU CRÉOLE. IL FAIT OBSTACLE AU FRANÇAIS · texte numérisé non relu

VALEUR DU CRÉOLE. IL FAIT OBSTACLE AU FRANÇAIS

plusieurs critiques. Il en est une fort amère, consignée dans un ouvrage intitulé : Vojage d'un Suisse dans différentes Colonies d'Amérique. Il est vrai qu'on a pris une méthode fort silire pour le décrier, c'est de fairç du Créol-Suisse, et d'en conclure que ce langage est misérable. Je me range à l'avis de l'auteur, mais il faut avouer que son baragouin ne passera pour du créol, qu'auprès de nos savans, qui en introduisent un du même genre sur les théâtres, et qui persuadent aux Parisiens que c'est le véritable. La prétendue lettre du Suisse n'a jamais été écrite que par lui, ou par quelqu'un qui a voulu s'amuser de sa crédulité. J'en appelle aux séduisantes Créoles, qui ont adopté ce patois expressif pour peindre leur tendresse. Il est mille riens que l'on n'oserait dire en français, mille images voluptueuses que l'on ne réussirait pas à peindre avec le français, et que le créol exprime ou rend avec une grâce infinie. Il ne dit jamais plus que quand il employé les sons inarticulés, dont il fait des phrases entières. Le Chia(Kya), le Richi, même, qu'on a tant voulu ridiculiser, est-il un terme de dédain qui renferme plus de sens ? » '

D'autres, au lieu d'une simple impression, ont détaillé les mérites de ce langage. « La métaphore, dit Turiault, en parlant du créole de la Martinique, abonde dans le patois des noirs enclins à ces sortes de comparaisons abrégées, et fréquemment ce patois brille par de fines saillies, de mordantes épigrammes, comme aussi par l'élévation de la pensée (?) et par les images pleines de poésie dont il est vraiment coloré.

« Le créole est ensuite émaillé d'une foule de dictons, de proverbes, de sentences dont beaucoup sont remarquables par la singularité, la concision, par l'à-propos et la justesse des comparaisons et des

maximes qu'ils établissent Les chants créoles sont empreints le

plus souvent d'une douce rêverie ; c'est presque toujours le cœur et l'âme qui parlent. Le ciel, la mer, les bois, les oiseaux, les rivières, l'amour forment le brillant canevas sur lequel sont brodées les romances créoles, véritables idylles » ". Nous nous bornerons à observer que ce jugement ne porte qu'indirectement sur le langage

Le même auteur a note l'effet des cris qui accompagnent les impressions, comme pour les souligner. C'est un trait de langage bien caractéristique, que le besoin d'insister sur l'expression. En latin parlé 11 s'est manifesté dans les eccilla et les metipsimu ; en français par les aujoard' aujourd'hui. Les Nègres marquent le fait par des sons imitatifs. « Parlent-ils d'un coup de canon ? Ils ajoutent houme ; un coup de fusil, poum ; un soufflet, pimme ; un coup de pied ou de bâton, bimme; des coups de

fouet vlap, vlap Toutes les fois qu'on veut rendre un son augmentatif, on le répète,

loin, loin, loin, loin, qui exprime une grande distance » (o. c, t. I, p. 37).

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