Créole Martin., p
lui-même, et fait surtout valoir les produits de l'esprit auquel il a servi d'expression.
Tel quel, le créole a trouvé non seulement des admirateurs, mais des employeurs. 11 est né une petite littérature, d'imitation souvent, quelquefois d'inspiration personnelle.
Pour qui regarde un peu à fond le créole, cette création des esclaves porte naturellement en elle des tares originelles, dont elle ne se libère que lentement, et qui ne s'effaceront pas toutes.
Le créole manquait surtout de mots abstraits. Mais la prédication de l'Evangile commença de bonne heure à introduire quelques termes de piété : bonclié ou la cavité el peut-être quelques douzaines d'autres ; c'est peu.
Avec ses qualités et ses défauts, le créole n'en était pas moins l'idiome favori des nègres-esclaves. Fait pour eux et par eux, il était approprié à leur mentalité, ce qui valait tous les avantages.
Moreau de Saint-Méry, qui avait si bien tout observé à Saint- Domingue, affirme même que des raisons psychologiques les attachaient à ce parler, et que, par amour-propre, dans l'espoir d'être réputés créoles, et tout au moins d'être anciens dans la colonie, ils se refusaient à servir d'interprètes aux bossales, c'est-à-dire aux nouveaux venus, comme s'ils ne savaient pas leur langue. Français ne peux, nègre ne veux, créole suis.
Conflit du français avec le créole. — Dans ces conditions, si le créole n'a jamais pu entrer en compétition avec le français comme langue écrite, et il faut entendre ce mot dans son sens le plus large, comme langue parlée, il a fait obstacle à la diffusion du français, et même à sa conservation. Il n'était pas sans conséquence que les enfants des maîtres fussent, dès leur naissance, remis entre les mains des nourrices qui leur faisaient balbutier dans ce patois leurs premiers mots, et formaient à l'entendre leurs jeunes oreilles. Différents règlements scolaires y feront du reste allusion. Waslay Ithier a montré combien il fallait d'efforts pour corriger le langage des enfants : Toute la population a adopté le créole, dit-il. « C'est la langue du peuple, la langue des serviteurs, des ouvriers, et, malheureusement aussi, de presque tous les jeunes enfants ; par l'influence néfaste des bonnes qui les élèvent, une fois que les enfants ont adopté le mauvais pli, il faut souvent combattre pendant des années avant de réussira extirper de leurs cerveaux le vocable grossier qui doit faire place à lu langue française » '. Quand a commencé une
l. Litl. jr. Maiir., p. 17.