‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 287 sur 330 · VALEUR DU CRÉOLE. IL FAIT OBSTACLE AU FRANÇAIS · texte numérisé non relu

VALEUR DU CRÉOLE. IL FAIT OBSTACLE AU FRANÇAIS

lutte systématique ? Assez tard, comme l'enseignement lui-même. Ainsi à Maurice, il n'est pas question d'écoles pour nègres avant celle que l'abbé Challan a fondée à Michelet, le 6 janvier 1791. Jusque-là le français jie pouvait compter que sur la vigilance des familles et sur leur orgueil.

Mais les maîtres des « habitations » eux-mêmes pouvaient-ils se mettre à l'abri des contagions? La langue savante ne leur suffisait pas ; ils étaient obligés de se servir du parler commun dans les rapports quotidiens qu'ils entretenaient avec les gens employés à leurs cultures et à leur service domestique. La vie leur imposait le créole '.

Le créole a eu en outre une destinée à l'extérieur, hors du pays où il est né : « Toutes bornées qu'en sont les ressources (du créole mauritien), dit Baissac, [le patois] n'en est pas moins le commun moyen d'échange entre les difierentes races d'une population de 400 000 âmes émigrées du cœur de la civilisation ou des confins mêmes de la barbarie: Anglais, Français, Indiens de toutes les provinces de la péninsule, Africains de toute la côte orientale du continent. Chinois, Arabes, Malais, Persans, incapables de converser de peuple à peuple dans une de leurs langues particulières se rencontrent forcément à Maurice sur le terrain convenu du parler créole, qui n'est pas loin de jouer ici un rôle analogue à celui de la langue franque parmi les populations riveraines de la Méditerranée » ".

Il en est ainsi un peu partout où d'autres parlers créoles sont nés. Ils partagent à leur rang, modestement, avec la langue mère, le rôle de langue internationale.

1. Je parlais récemment de cette question avec mon ami Joseph Bcdier, originaire, comme on sait, delà l\cunion. « Le créole, me dit-il, mais c'est ma langue! « Personne ne l'eiH deviné à la façon dont il a appris ensuite à manier le français.

'2. 0. c, Introd., p. vi. Cf. « Ce créole de Maurice, tout grossier qu'il est, est loin de vouloir disparaître devant des langues beaucoup plus parfaites, le français et l'anglais. La plus grande partie de la population à Maurice est maintenant indienne ; on peut prévoir qu'elle augmentera cliaque jour davantage, grâce aux immigrations continuelles de l'Inde. Devant ce flot montant, l'ancienne population créole, blancs, nègres, mulâtres, diminue d'autant. Or, entre Indiens, Chinois, Arabes, Malgaches, créoles, mulâtres et blancs, le lion commun, c'est le créole. Un Indien, un Chinois, un Arabe, un blanc traiteront ensemble leurs affaires en créole, et ce néo-français ne fera que prendre plus d'extension à mesure qu'augmentera la population bariolée de l'île. 11 peut même se faire qu'à une époque fort éloignée, il est vrai, le français disparaisse, la population qui le parle tendant à disparaître. Le créole gagnant, au contraire du terrain, pourra devenir la langue usuelle, commune, et même la langue générale, comme il est déjà la langue vulgaire, la langue du peuple, la ruslica vulyaris» (Bos, dans Rom., t. IX, 48H0, p. 577-578).

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