CHAPITRE II LE TRAITÉ DE PARIS
Perte du Canada. — Les hostilités entre Français et Anglais d'outre-mer éclatèrent à propos des frontières de l'Acadie, et de la vallée de l'Ohio. Il y avait à peine soixante-dix mille Français de l'embouchure du Mississipi au golfe Saint-Laurent, tandis que les colonies anglaises comptaient plus d'un million de sujets. Le gouvernement était entre mauvaises mains. Heureusement un soldat de génie, Montcalm, fut envoyé pour commander les troupes.
Il lutta trois ans, infligea d'abord à l'ennemi de véritables désastres (fort William-Henry 1757; Carillon, 1758). Mais les Anglo-Américains réussirent à occuper la ligne de l'Ohio et s'emparèrent de Niagara, clef du Saint-Laurent. Les secours de France ne venaient pas.
En 1 759 le général Wolfe remonta le Saint-Laurent et parut devant Québec. A la journée d'Abraham (septembre 1759), où périrent les deux chefs des armées en présence, les Français furent écrasés, Québec fut perdu. L'année suivante, un lieutenant de Montcalm, le chevalier de Lévis, avec une poignée d'hommes, faillit reprendre Québec. Les derniers défenseurs de la domination française durent capituler à Montréal, en 1760.
Le traité de Paris, du 10 février 1763, cédait définitivement à l'Angleterre le Canada et l'île du Cap Breton, îles les du Saint- Laurent, la vallée de l'Ohio, la rive gauche du Mississipi.
Autres cessions. — Nous abandonnions en outre aux Antilles la Dominique, Saint-Vincent, Tabago, Grenade et les Grenadines. Nous ne gardions que la Martinique, la Guadeloupe, la moitié occidentale de Saint-Domingue, Belle-Isle (en échange de Minorque), un droit de pêche à Terre-Neuve, avec les ilôts de Saint-Pierre et Miquelon.
En Afrique. — La France cédait le Sénégal, où elle ne conser-
vait que l'île de Gorée, qui avait résisté en 17S8, mais qui fut occupée finalement par les Anglais de 1780 à 1783.
11 nous restait l'Ile Bourbon et l'Ile de France (île Maurice).
En Asie. — Dans l'Inde, après un premier traité entre les deux Compagnies, anglaise et française, qui établissait une sorte d'égalité de droits et d'influence, où les efforts de Dupleix avaient été sacrifiés à l'amour de la paix (1754), une lutte définitive commença, sitôt la guerre déclarée. L'Angleterre y triompha, les possessions de la France furent bornées à quelques comptoirs : Chandernagor, Yanaon, Karikal, Mahé et Pondichéry.
En Louisiane. — Notre situation ne devait y être définitivement perdue que plus tard, mais elle était déjà bien compromise.
Dès 1752, Kerlérec, qui devint gouverneur, cette année-là, sentait le désastre proche. Il n'avait pas les moyens des Anglais pour s'assurer les sauvages, ni des ressources en hommes, en matériel, en argent, qui lui permissent de soutenir seul la lutte. Il trouva du moins un chef militaire de premier ordre, nommé Aubry ; il sut en même temps s'assurer des appuis chez les Indiens ; il arriva ainsi à tenir, même après la prise de Québec.
Mais les dissensions, le dénûment rendait la situation très difficile, lorsque la diplomatie mit fin brutalement à ses angoisses et aussi à ses espérances. Secrètement, la partie située sur la rive droite du fleuve avait été cédée à l'Espagne.
D'après divers témoignages, la population aurait protesté. « Les seuls cris qui se sont fait entendre, dit un document du temps, auxquels des étrangers même ont pris part, ont été : Vive le Roi de France. Vive Louis le Bien-Aimé. C'est à Sa M. bienfaisante que nous Habitans, Négocians et Colons de la Louisianne, adressons nos très-humbles Prières pour qu'elle reprenne incessamment sa Colonie, ... aussi résolus de vivre et de mourir sous sa chère domination que déterminés à faire tout ce qu'exigera la Prospérité de ses Armes » '.
Cette forme et ce style administratif rendent le document suspect, néanmoins il exprimait probablement des vœux réels. L'un des neveux de Bienville, Noyan, fut fusillé, ainsi que d'autres du reste, pour sa fidélité à la France, par ordre d'O'Reilly, l'agent de l'Espagne'. Les événements n'en furent point changés.
4. Voir Mémoire des habitans el négocians de la Louisiane Nouvelle-Orléans,
D. Brawd. Impr. du Roi. Blbl. Nat., L'^K 875. 2. La Ronc, Epop. can., p. "245.