LE TRAITÉ DE PARIS H
moments, étonné des amiraux par des conseils techniques, n'a jamais rien compris aux choses de la mer, suffirait à le prouver.
L'opinion des gens qui n'étaient point intéressés était, sinon hostile, du moins indifférente aux colonies. Quand Lafavette vint en France, en 1779, il essaya sans succès, de déterminer le ministère à tenter un effort pour récupérer le Canada. Personne à peu près ne soupçonnait que la Nouvelle-France était une pièce essentielle de « la plus grande France », comme on dit aujourd'hui. Il fallait être un Moreau de Saint-Méry pour écrire : « La France pour laquelle l'importance des Colonies finira par être une vérité mathématique, voudra réparer leurs malheurs parce qu'elle ne peut s'empêcher de les compter parmi les siens propres; parce qu'elle doit les considérer comme des maux qu'il faut guérir, s'il est vrai qu'un corps politique ne saurait recouvrer toute son énergie tant qu'une plaie profonde altère et mine les sources qui concourent à conserver son existence » \
Ce que le pays pouvait gagner d'ascendant et de prestige n'apparaissait à personne. Perdre l'empire de la mer était douloureux, car le commerce s'en trouvait menacé. Mais manquer l'occasion de répandre la langue chez des barbares ne chagrinait point les esprits. C'était chose sans intérêt, croyait-on : perdre pareil avantage ne coûtait rien ni au trésor ni même à la gloire de la nation.
Il n'en est pas moins vrai que, de notre point de vue de gens instruits par les événements ultérieurs, la ruine était immense, et pour longtemps irréparable. Un monde où la langue française eût pu s'introduire était désormais promis à des langues rivales. Même en admettant que le commerce hollandais continuât à se faire dans certains pays en français, ce n'est plus notre langue qui allait devenir la langue mondiale des affaires. Le traité de 1762 préparait pour le XIX* siècle le règne de l'anglais.
■1. Descripl. topographique... de S^-Dorn., Prélim., p. v.