‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 294 sur 330 · CHAPITRE II EN ACADIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II EN ACADIE

Un travail récent a bien mis en lumière les efforts faits par les Anglais victorieux et maîtres du pays pour amener la population française à abandonner la religion catholique, et la langue française. Quoique la fidélité à l'une semblât liée à la fidélité à l'autre, les autorités tenaient visiblement plus au premier résultat qu'au second. En effet, sur les instances du gouvernement, on alla jusqu'à envoyer des pasteurs sachant le français. On cite des noms, parmi lesquels celui d'un Français, Jean-Baptiste Moreau *.

Le résultat fut nul, ou à peu près. On a vu plus haut à quelle violence TAngleterre en vint. Bientôt la Nouvelle-Ecosse ne comptait plus que quelques centaines d'Acadiens, épars dans les bois. Malgré cela, à partir de 1770, deux groupes se formèrent, l'un sur les bords de la baie Sainte-Marie, l'autre au Cap-Breton. Vingt ans après, grâce à leur extraordinaire natalité, les Acadiens seront plusieurs milliers, toujours aussi fidèles à leurs souvenirs et à leur langue. En 1774 arriva à la baie Sainte-Marie le Père Bourg, un prêtre de la race — rara avis — et les paysans de se grouper autour de lui, pour les offices et les prières ■.

Ce n'est pas avant 1798 qu'ils auront le P. Sigogne, un émigré, passé d'abord en Angleterre, qui accepta de quitter un préceptorat lucratif pour venir tenter dans le malheureux pays d'Acadie une œuvre de réconciliation dans la justice. A ce moment, sur soixante-huit chefs de famille qui signent le règlement de la paroisse, quarante-six ne peuvent mettre qu'une croix au lieu d'un nom. Mais, s'ils ne savaient ni lire, ni écrire le français, ces pavsans continuaient à le parler. Puis leurs enfants, sur de vieilles enveloppes, des feuillets arrachés à de vieux livres, se formèrent lentement. Les filles, pour institutrice, eurent la vieille bonne du prêtre

1. Voir Omcr le Grcsley, Enseignement du Franc, en Acadle, pp. 61-63; et Abbé Groulx, Le fr. au Canada, pp. 133 et siiiv.

2. Orner le Gresley, o. c, pp. 91 et suiv. ; cf. Abbé Groulx, o. c, p. 139.

EN AGADIE 1161

et peu à peu une nouvelle génération s'éleva, qui savait ses lettres et, du reste, balbutiait aussi l'anglais. L'impulsion était donnée, le mouvement ne s'arrêta plus, et les descendants des héros devaient avoir la joie d'obtenir enHn, en 1841, la loi libérale qui leur accordait le droit à l'instruction dans la langue de leurs aïeux, restée la leur.

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