A TERRE-NEUVE ET DANS LES ENVIRONS H
Un travail tout récent vient de nous donner quelques précieuses indications \ Une imprimerie avait été créée par Braud. Deux poèmes en français, écrits en l'honneur du gouverneur Don Bernard de Galvez parurent chez Ant. Boudousquié, imprimeur du Roi et du Cabildo, en 1777. Quatorze ans plus tard, en février 1794, un réfugié de Saint-Domingue, Louis Duclot, fondera le Moniteur de la Louisiane, qui devait durer vingt ans.
L'histoire du français dans ce pays vient de faire l'objet d'une autre étude très intéressante ', fondée sur un manuscrit retrouvé dans les Archives du Musée Historique de l'Etat de la Louisiane. L'auteur, qui vivait au xix* siècle, a réuni à la fois les éléments français, appelés, on ne sait trop pourquoi, créoles, et d'autre part les éléments acadiens (ou cadiens), qui forment un parler qui « fleurit encore sur le Bayon Têche et le Bayon Lafourche, à Saint-Martinville... et dans d'autres villes, aux Attacapas et Opelousas, et ailleurs » ^
Ce « cadien », dont la décadence véritable n'a commencé qu'après la guerre de Sécession, a perpétué le parler vulgaire des colons de la Basse-Louisiane. Il est facile de reconnaître sous ce nom l'acadien. Une bonne étude, malheureusement tardive, lui a été consacrée par un anonyme, sous l'inspiration du Chief Justice Breoux, vers la fin du xix^ siècle. Une excellente édition vient d'en être donnée par Jav K. Ditchy. On devine là ce que fut la vie précaire de ce parler abandonné à lui-même et soumis à l'action de l'espagnol, des idiomes sauvages et de l'anglais.
1. Edw. Larocque Tinker, Les Ecrits de l. fr. en Louisiane, p. 2.
2. Ditchy, Les Acadiens Louisianais et leur parler. Paris, 1932.
3. Voir Introd., pp. 9-12. On consultera aussi sur le français de la contrée : Joûbert, Art. c, pp. 230 et suiv., qui affirme que le patois diffère sensiblement d'une paroisse à l'autre. Il cite un certain nombre de mots et d'expressions caractéristiques : se piinper, la routine (le chemin), un branle (un berceau), une câlin (une poupée), une trompe (une erreur), embancher (s'asseoir sur un banc l'un près de l'autre), passer au carlet (battre ; le carrelet est une règle carrée), aller au large (traverser la prairie), fendre son garganna (couper la gorge, mot esp.).