Le Bret., o. c, p
o. « Les Américains n'aiment point du tout les Français «, dit Boueainville (\A ih., pp. 31 et 36). ' e k ,
l'incompréhension populaire était profonde. Pour l'atténuer on prôna, dans des sermons et des articles, l'aide apportée par les troupes françaises ; de part et d'autre, on offrit des dîners et des fêtes. Malgré tout les relations gardaient un caiactère officiel. Les échanges d'idées ou de sentiments demeuraient superficiels du fait qu'on ne se comprenait pas, n'ayant point le moyen de converser.
Un clergyman, Cooper, qui servait d'interprète, et qui avait un tempérament de politicien, se 6t le champion de l'alliance avec la France'. De Broglie rapporte que Cooper parlait difficilement le français, mais le comprenait fort bien. Il connaissait nos meilleurs auteurs et, au cours de ses sermons — qui étaient d'ailleurs d'inspiration plus politique que religieuse — il lui arrivait de citer Voltaire et Rousseau -. Xon seulement il réussit à réunir chez lui, pour discuter amicalement. Français et Américains, mais on lui doit d'avoir vu les congrégations puritaines prier pour le Roi très chrétien. Le Roi de France d'ailleurs témoigna de sa reconnaissance en allouant à Cooper une pension.
Pour faire régner la bonne entente et la sympathie il y avait fort à faire. Les Français reprochaient aux Américains de ne les aimer que par intérêt, et le reproche était fondé. Les livres, les chansons étaient encore le reflet de l'opinion qui avait longtemps eu cours et montraient notre pays sous le jour le plus défavorable^.
Ce qui contribua le plus à modifier cette opinion et donna à la France du prestige aux yeux des habitants de Boston, ce fut la bonne tenue des marins et des officiers. Le Ll août 1782, la flotte, commandée par le marquis de Yaudreuil, entrait dans le port. Cet afflux de troupes emplit la ville au point que John Eliot écrit : « Il est nécessaire de parler français ou bien Ton est comme un étranger dans les rues de Boston » ^. Il ajoute, il est vrai : « Je voudrais que nous en soyons débarrassés «.Mais le 7 décembre, l'armée française, en grande tenue, défile dans Boston et déchaîne l'enthousiasme de la population. Les femmes font fête aux officiers ; ceux-ci relatent d'ailleurs avec surprise que les Américaines n'ont adopté ni les modes ni les manières des Françaises '.
Les conséquences de ce contact forcé entre la bonne société de Boston et une élite française se développèrent dans les années qui
i. Le Breton, o. c, p. 40-
3. Id., ib., pp. 44 et suiv. Voir l'opinion très curieuse exprimée par un voyageur français en 1777.