Id., ib., p
o. Id., ib., p. 48.
suivirent. D'autres visiteurs étaient venus de France : des écrivains comme Tabbé Robin, Chastellux, et, au premier plan, Brissot. Lorsque, en décembre 1788, celui-ci, plein d'enthousiasme quitta la Nouvelle-Angleterre, l'influence française y était à son point culminant.
En effet un facteur nouveau et très important avait déterminé un courant de sympathie à l'égard de la culture française : la France évoluait vers un gouvernement plus libéral, le protestantisme n'y était plus persécuté. Il semble dès lors que les deux nations tendent à se rejoindre dans l'adoption d'un idéal commun de liberté.
On se flatte maintenant de pénétrer les délicatesses et les hardiesses de la pensée française '. C'était le temps où on demandait à Mably une Constitution.
Le Breton, dans l'ouvrage que nous suivons, nous a donné des détails très intéressants pour cette histoire^. Nos auteurs sont à l'honneur. « On lit Marmontel, Fénelon, Rollin. Le livre de Voltaire sur la Tolérance obtient un gros succès et, si VEmile de Rousseau n'a point accès à l'Université, il est connu du public ».
L'enseignement du français n'est plus négligé. Louis Delille, qui vint à Boston en 1772, enseigna le français à Harvard, non d'une manière officielle, il est vrai. Francis Vandale fut attaché à l'établissement en 1779. Merlino de Saint-Prix, qui enseignait à New York, en 1774, s'établit à Boston en 1778. Simon Poullain professa à Harvard en 1780 et le français fit régulièrement partie du curriculum. Albert Gallatin, un Suisse, fut nommé en 1782: notre langue fut désormais considérée comme un équivalent de l'hébreu : c'était un grand honneur \
Joseph Nancrède fut nommé en octobre 1787. M, Ravaut, ancien boutiquier, avait, la même année, obtenu la permission d'enseigner à Boston. D'autre part, le Collège de Harvard conféra le grade de Docteur au Chevalier de la Luzerne, à de Marbois et au consul de France, de Valnais.
L'Ecole de Médecine fut inaugurée en présence du consul : on y appliquait les méthodes des chirurgiens français^.
1. Chastellux, «Jans son Voyage de l'Ainériijue septentrionale (t. I, p. 370), raconte que le Colonel Hughes, quartier-maître de TEtat de New- York, lui dit « avec un sentiment vraiment aimable « : « Eh bien, puisque vous voulez faire quelque chose pour moi, tâchez de me procurer un exemplaire français de L'Esprit des Lois. Je ne parle pas votre langue, mais j'entends vos livres, et mon bonheur sera do lire celui-là dans l'original ».
"1. Voir p. 6-2-63.
3. Il semble qu'il y ait eu, à cette époque, deux « instructeurs » de français au Collège Harvard. M. Régnier était à la fois maître d'escrime et professeur.
i. Le Bret., o. c, p. 64.
Parmi les maîtres qui commencèrent à répandre la langue et la culture françaises, Paul Joseph Guérard de Nancrède, que nous venons de nommer, occupe certainement le premier rang '. Il était né en 1760. Son nom de Guérard le rattache à la France du Nord. Mais le nom de Nancrède semblerait indiquer au contraire qu'il était originaire des bords de la Loire. Il avait fait partie de l'armée de Rochambeau, sans doute en tant que bas ofTicier, il décida, comme beaucoup d'autres, de rester en Amérique -. En octobre 1787, la Corporation et le Board of Overseers décidèrent de s'entendre avec lui et de le charger d'enseigner le français aux étudiants de l'Université de Harvard.
Nous le retrouverons plus tard, occupé surtout de politique, lorsque nous traiterons de la période révolutionnaire ^
Les Français au Cap de Bonne-Espérance. Période de liberté. — Parmi les Huguenots réfugiés aux Pays-Bas, un certain nombre, on ne sait pas trop comment ni pourquoi ', se décidèrent à aller chercher fortune dans les établissements hollandais d'Afrique.
A leur départ, les Hollandais les avaient « gratifiés d'une somme assez considérable, pour les mettre en état de faire le voyage », et les avaient « transportés sans qu'il leur en coûtât rien ». Ils leur avaient donné « des instrumens d'agriculture, des vivres et des étoffes »,
t. Le très curieux article de Schinz, sur La librairie française en Amérique au temps de Washington (/î. H. L., 1917, p. 568), se rapporte à l'époque postérieure.
2. Voir sur ce personnage, l'étude de F. Baldensperger, Le Premier instructeur de français à Harvard Collège : J. Nancrède (Harvard Advocate, o déc. 1913).
3. M. Gliaravay m'a permis de prendre copie d'une lettre de Franklin à M. Witel, qui figurait dans la collection de ^I. Fatio de Genève (mise en vente en janv. 1932). La voici : « Passy 13 nov. 1784.
« I hâve some Doubls whether vou will find your BookselHng and Printing Business sufficiently profitable at first for the support of threo Families ; because the French language in which I suppose your Books chicfly are, is not yet much extcnded in North America. It is however, since the Alliance willi France, dayly increasing, sfhools being established in ail the great Towns for teacliing it.
(Il considère que, si l'on pouvait à la vente des livres ajouter la vente de diverses manufactures du pays, il serait possible que les gains soient très considérables).
4. D'après Dehcrain, Le Cap de Bonne-Espérance au XVW xiecle.
3. Ils n'étaient pas tous originaires de provinces maritimes. Ils venaient de Flandre (Ath etCondé), d'Artois (Calais), de l'Ile-de-France (Paris), de Cliampagne (Château- Thierry), de Normandie (Dieppe), de Bretagne (Nantes), du Blaisois, de l'Orléanais, de Saintongc, du Poitou, du Dauphiné, du Gomtat (Orange), du Languedoc (Gabrières), de Provence : Nos anciennes provinces, termine Dehérain, furent représentées avec toute leur variété dans le Sud de l'Afrique (o. c, p. ll'i).
tout cela à la condition de rembourser quand ils auraient acquis des moyens. On avait fait même en leur faveur une collecte à Batavia'.
Ils finirent, comme le dit l'un d'eux, avec un calembour, par préférer Cliimène à Rodrigue - (l'île des Mascareignes où étaient certains d'entre eux) et s'en allèrent pour la chercher au Cap.
« Ce fut à Drakenstein, lit-on dans Dehérain ^, que la majorité des réfugiés français, nonobstant l'établissement de quelques familles à Stellenbosch, reçut des concessions de terre : en 1688 et
en 16891e chiffre de la population s'en accrut considérablement
Peuplée de Français principalement, la haute vallée delà Bergrivier prit, sinon officiellement, du moins dans le langage courant le nom de « Quartier français » (Frans hoek, qui s'est conservé jusqu'à présent sous la forme de French hoek).
Les deux volumes du Vojage... de Fr. Léguai^ et de ses compagnons sont précédés d'un frontispice où on voit un exilé assis, se tenant le front dans la main près d'une colonne qui porte les mots : « Nos patria pulsos » et lisant un gros livre, qui est, h n'en pas douter, la Bible en français. La page 123 et les suivantes du tome I commentent cette gravure. Les Huguenots avaient naturellement emporté les Ecritures, les Cantiques, « un ample Commentaire de tout le Nouveau Testament et plusieurs sermons de la vieille roche, qui étoient des discours raisonnables ». Loin des controverses, tous les dimanches, « retranchez dans la pure et primitive doctrine évangélique », ils répétaient les dogmes essentiels de leur foi, attendant « la mort non comme un squelette affreux, mais comme une Messagère de bonnes Nouvelles » (1718).
Léguât, dans le récit de ses aventures, parle à plusieurs reprises de ces Français qu'il a vus au Cap : « A dix lieues du Cap dans les terres, il y a une Colonie qu'on appelle Draguestain ; elle est d'environ trois mille personnes tant Hollandois, que François Protestans, réfugiez depuis la revocation de l'Edit de Nantes » ^. « La Colonie, qui est à dix lieues du Cap, a été augmentée, et l'est tous les jours encore, d'un nombre considérable de Protestans François réfugiez. Messieurs de la Compagnie leur entretiennent un Ministre et un Lecteur ; et leur donnent tous les jours de nouvelles marques de leur bonté ».
■1. Voir un art. de J. B. Rabie, dans le Dali" de la Soc. d'Hist. du prot. fr.. t. LXXX, 1931, pp. 2-21 et suiv.
2. Après la mort du pauvre Boyer à l'île Rodrigue, 1696, ses compagnons lui consacrent une épitaptie à la fois dévote, littéraire et burlesque.