‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 4 sur 330 · Voir L. au mot · texte numérisé non relu

Voir L. au mot

2. Cf. une excellente note historique et critique de Suran, Rivurol, p. 368-369.

être un peu naïf pour remarquer comme Pecquet : a il y a cependant encore beaucoup de gens qui ne la parlent pas, ou du moins qui la parlent difEcilement v '. La chose allait de soi.

Quelques-uns se sont également aperçus que, même à ne considérer que l'Europe et en Europe que les pays « conquis », il s'en fallait bien que le développement de la langue française fût arrivé partout à la même phase". Encore ascendant ici ou là, le mouvement décroissait visiblement déjà dans diverses contrées, comme l'Angleterre. Même si on prenait soin de distinguer entre la langue et la littérature, entre les mots et les idées, il ne pouvait pas être question d'apogée.

On comprend pourtant que les contemporains, trop près des faits pour les mesurer comparativement, portés en outre à les grossir soit par leur affection, soit par leur répugnance, n'aient été frappés que des premières apparences, et qu'ils se soient sentis plus portés à rechercher les causes d'un phénomène qui demeurait surprenant qu'à le discuter.

Bref historique de l'emploi du mot UNIVERSEL- — Quel est le premier auteur qui a appliqué à notre langue cette qualification ? Bien téméraire serait celui qui oserait en décider, tant il y a de textes qui font allusion à son extraordinaire diffusion. En tous cas, c'est un homme du xvii* siècle. J'ai déjà cité dans le tome V de cette Histoire^ quelques affirmations, en particulier une de Chappuzeau. Il y en a d'autres, ainsi celle de M™" de Saliez, viguière d'Albi, parlant à l'Académie des « Ricovrati » de Padoue : u Quel moyen, disait-elle, quand on a le bonheur d'être sujette de Louis-le-Grand, de préférer un autre langage à celui qui règne dans ses Etats... ? Tandis que toutes les nations du monde qui aiment ses vertus, ou qui craignent sa puissance, apprennent à parler comme nous, je ne puis m'attacher qu'à une langue qui va devenir universelle » ^.

Au reste, quand le mot n'était pas prononcé, l'idée était exprimée sous d'autres formes''. Bayle se servait de l'adjectif « transcendantelle » \

Je dois dire pourtant qu'un avocat aussi passionné que Gillet, qui oppose hardiment notre langue à la latine dans son Discours

i. Disc, sur l'art de négocier, p. xxxv.

2. Rivarol n'a pas manqué de le signaler : « L'universalité de la langue française est moins vraie pour l'Espagne et pour l'Italie que pour le reste de l'Europe », p. 7 (de l'édition originale, dans Sur., p. -179).

Page 1