Voir H. L., t. V, pp
sur le <;[énie de la langue française et la manière de traduire, ne fait pas allusion à ses succès en Europe. Il en considère seulement les mérites intrinsèques et non la valeur de relation'.
J'aurai l'occasion de parler, dans la suite de cette Histoire, des mots-illusions. Il en est peu qui aient fait autant de ravages que ce titre de « langue universelle». Après avoir égaré les Jacobins, ainsi que nous le verrons, et inspiré une politique linguistique de folle ambition, il a ébloui les gouvernements du xix*^ siècle, et contribué à empêcher l'étude des langues étrangères, en incitant la France à se gorgiaser de sa gloire passée. Ses méfaits continuent. On
1. Citons ici un passage de cet éloge un peu verbeux, mais qui n'est pas sans mérite et constitue dans l'ensemble une vigoureuse protestation contre la supériorité attribuée encore par l'Université au latin : « Aussi en ay-je conceu une très haute idée : et sans crainte de passer pour un homme frappé de la maladie du Païs ; si je ne dis pas qu'elle l'emporte sur toutes les Langues mortes, ou vivantes, qui ont le plus de réputation ; jedirav du moins que sans avoir la pluspart de leurs défauts, elle a presque toutes leurs perfections. Elle est riche, délicate, noble, modeste, naïve, harmonieuse, élégante ; nombreuse sans enflure, majestueuse sans faste, libre sans indécence, simple sans bassesse, fleurie sans fard, exacte sans contrainte, douce sans mollesse, abondante sans barbarie, énergique sans rudesse. Elle ne doit point le beau tour de ses phrases à des circonlocutions recherchées ; la contexture et l'encliaisnement du discours à des liaisons forcées, ou à des particules inutiles ; l'égalité et la justesse des membres à de purs svnonvmes, ou à des épithetes superflues ; l'agrément et la diversité des chutes, la beauté et la variété des nombres à des transpositions affectées ; l'harmonie des cadences, et l'arrondissement des périodes à un arrangement bizarre, et à ces fréquentes inversion, qui causent tant d'embarras, etd'obscurité dans le Latin. Elle veut de l'énergie, et de la majesté dans les expressions, de la force, et de la douceur dans le stile ; de l'élégance et de la noblesse dans l'élocution ; de la naïveté, et de l'exactitude dans la peinture des mœurs; du vif dans les descriptions ; du vray, et du naturel dans les portraits ; de la justesse, et du feu dans l'imagination ; du sublime dans les sentimens ; de l'élévation dans les pensées ; de l'ardeur dans les mouvemens, du pathétique dans les passions. Et néanmoins elle bannit scrupuleusement toutes les périphrases enflées ; les allégories démesurées ; les tropes disproportionnez, les métaphores outrées ; les figures trop hardies ; les superlatifs mesme ; et toutes ces fougues ; tous ces transports d'imagination, toutes ces saillies déréglées, qui donnent dans le galimasthias, et tout stile ampoullé, qui sent le Phebus. Elle ne met point au nombre des ornemens, de froides antithèses; de petites allusions, des jeux de paroles, des pointes ; des équivoques, des proverbes; des quolibets. Elle ne peut souffrir ces afféteries puériles, ces fades délicatesses, ces rafTmemens, et ces mignardises, que d'autres Langues comptent pour des amenitez dans le discours. Et sous prétexte d'embellissement, et d'enrichissement, elle ne passe point de prétendus beaux mots ; point d'expressions extraordinaires ; point de termes nouveaux, que l'usage n'a pas encore autorisez. Elle ne pardonne pas mesme des manières trop fleuries ; des locutions trop figurées ; des phrases trop brillantes ; des cadences trop mesurées ; des tours trop estudiez ; des périodes trop compassées : et rien de ce qui sent l'artifice n'est de son goust. Elle est d'ailleurs d'une délicatesse d'oreille inconcevable. Le choc de certaines voyelles; le concours de quelques consonnes; la rencontre de mois rudes ; des pauses mal placées ; des repos de voix mal distribuez : une rime ; la moindre consonance; une mesure qui approche du vers; un son trop doux, ou trop fort ; une chute molle ; la répétition d'un mot, d'une particule ; une mesme terminaison ; une mesme cadence ; une mesme syllabe ; une mesme lettre qui revient trop tost, ou trop souvent; un rien nous choque: c'est particulièrement dans un discours François, qu'on expérimente ce que dit Ciceron, que l'oreille est un juge inexorable, qu'il faut prendre soin de contenter.
« Il résulte de tout cela, que le véritable caractère de la Langue Françoise est la netteté dans le discours ; le naturel dans les pensées : la naïveté dans le stile: et c'est ce caractère qui en fait l'excellence... « (p. '2^0).
dirait que nous en sommes encore au temps où Fortia de Piles disait : m U universalité de la langue française (dans la bonne compagnie seulement) semble autoriser un Français à ne connaître que sa langue » '.
L'objet de l'étude qui suit est de montrer d'abord que 1' a universalité » est attestée, ensuite qu'elle est prouvée par des faits qui appuient les témoignages, enfin d'examiner les explications qu'on en a données.