On a travaillé d'après un original français
Traité entre l'Espagne et le Portugal avec accession du Roi de France (4 mars 1778), en français, en espagnol et en portugais'.
Quelle était l'attitude de l'étranger? Les faits le montrent assez. Il nous a paru cependant impossible de laisser dans l'ombre une brochure publiée en 1763 par Jean Daniel Hoffmann. Elle a été présentée comme thèse de doctorat à l'Université de Tubingen. Le jeune homme est un juriste de naissance et d'éducation; il avait de qui tenir: étant fils du célèbre professeur de droit public, Godefroy Daniel Hoffmann.
Pris dans son ensemble, son opuscule a pour but de démontrer que la langue française a non seulement une place de fait, mais une place de droit dans l'Empire romain germanique, non pas la première sans doute, mais, comme le latin, et au même titre, une place à côté. Le paragraphe IX est intitulé : (( Sermo gallicus est publicum Imperii in Germanis idioma. Non quidem primarium, principale et internum, at, aeque tamen ac latinum, secundarium, accessorium et externum. Hocque rion tam activum, quam passivum » ^.
Il eût été curieux d'assister à la soutenance, car la démonstration est d'une certaine fragilité. Je ne suivrai pus l'auteur dans son argumentation, qui repose sur une addition faite à la capitulation de Charles-Quint, art. XIV, où il est parlé « des endroits placés hors de l'Empire où une autre langue serait en usage ». Comme à Gottlieb Rinck, dont il cite le Commentaire d'une Capitulation de Charles VI ^ hors de l'Empire, l'Empereur lui paraît libre de discuter non seulement ses affaires, mais les affaires de l'Empire dans une langue étrangère. Ce qui met la subtilité de ce débutant à une dure épreuve, c'est qu'il lui faut exclure de cette tolérance l'espagnol et l'italien. Il dépasse réellement la mesure, quand il considère que l'Allemagne victorieuse a donné à l'Italie vaincue un grand privilège, en considérant comme officiel le latin, langue-mère de l'italien.
Il est sur un meilleur terrain quand il examine les faits. C'est l'objet de son paragraphe X (pp. 44 et suiv.). Il rapporte les négociations des traités de Westphalie, de Nimègue, de Ryswick, et en
1. Il ne faut pas oublier à ce propos ce qui se passa en 1720 (iO mai) à propos de la ratification du traité conclu entre l'Espagne, l'Aulriche, la France et l'Angleterre. Elle subit un retard pour deux raisons : d'abord au sujet du titre impérial en faveur de Charles \ I, en second lieu, et c'est là ce qui nous intéresse, parce que les traités insérés l'avaient été en traduction espagnole au lieu de l'èlre en latin et en français comme dans l'original, dans les ratifications du Roi d'Espagne. Le Marquis Berrcti Landi, ambassadeur d'Espagne, soutenait que c'était « le style du Conseil et la pratique reçue en sa Cour». Les Ambassadeurs de chaque puissance décidèrent d'en référer à leurs Cours. Elles ordonnèrent de passer outre, et de signer comme si les ratifications étaient intervenues dans les délais prescrits (Martens, Sapp' au Recueil, t. I, pp. 433-436).