‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 53 sur 330 · LES NÉGOCIATIONS ET LES RELATIONS · texte numérisé non relu

LES NÉGOCIATIONS ET LES RELATIONS

« parce que c'est clans cette langue qu'il est d'usage de parler au Roi de Prusse » '.

Un certain « babelisme » durait pourtant ; on ne sait à vrai dire ce qui inspirait les Cours. Voici en 1696 le Prince de Ligne qui arrive à Vienne en qualité d'envoyé de Portugal. Tout ainsi que l'autre porteur de ce nom illustre, dont nous avons plusieurs fois parlé, il était français de langue, mais possédait quatre autres idiomes « dans leur perfection », dont l'allemand. Il parla la langue de son maitre, rien de surprenant. Mais, à son discours portugais, l'Empereur ne répondit ni en latin, ni en allemand, mais ... en espagnol. Pourquoi"?

En 1698, c'est le tour d'une mission russe. Le Fort, qui était d'origine française, fit sa harangue en allemand. L'interprète de la Cour la mit en latin, après quoi le Vice-Chancelier de l'Empire lui répondit en allemand \ C'eût été, semble-t-il, le cas d'user du latin.

Il en fut ainsi jusqu'au bout. Il n'y a donc pas à noter que les envovés de France fissent d'ordinaire en français leurs harangues, qu'ils se présentassent devant la Cour de Londres, ou à Berne*, à La Haye ou à Berlin \ C'était leur langue ; l'usage les autorisait à agir ainsi.

Il est déjà plus significatif que des envoyés d'Espagne aient parlé français à Versailles''; effet des circonstances sans doute. Mais il est plus surprenant qu'en 1702 un envoyé anglais se soit servi de notre langue '.

Peu à peu, — - fait très caractéristique de l'époque dont nous traitons — les représentants des diverses puissances européennes en vinrent un à un à faire de même. Passons sur les Hollandais. Nous avons vu déjà que le français était la langue de leurs relations extérieures. ** Ils s'en servaient à Londres aussi bien qu'à Paris. On en usait de même à leur égard ^.

En 171 i, l'envoyé anglais Witworth signifie en français à la Diète de l'Empire la mort de la reine Anne et l'avènement de Georges II. Il en donna pour raison que cette communication était faite en attendant que les lettres de notification, pour la Diète, puissent être

\. Grivel s'est emparé du fait (T/iéor. de l'éducation, t. IH, p. 180, n. a.).

Page 1