‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 75 sur 330 · LE JUGEMENT. LES LAURÉATS · texte numérisé non relu

LE JUGEMENT. LES LAURÉATS

qualité de précepteur dans diverses familles. C'est là qu'il étudia à fond notre langue et notre littérature. En 1778, le duc Charles- Eugène l'appela en qualité de professeur de philosophie et de mathématiques à l'Académie Caroline, fondée par lui à Stuttgart. Schwab ne devait plus jamais quitter cette ville, quoique Frédéric II l'ait appelé à Berlin, en lui olfrant un siège à l'Académie et une chaire de mathématiques au gymnase de Joachimsthal '. Son élève le plus éminent a, dit-on, peut-être été le naturaliste Cuvier'.

Il n'y a, disons-le, aucune comparaison à établir entre les œuvres des deux lauréats et les autres Dissertations envoyées à l'Académie. Seule, celle d'Eberhard eût pu entrer en compétition avec les œuvres primées. Je dirai plus : En réunissant les autres dissertations et en en faisant un tout, on n'obtiendrait pas l'équivalent du Mémoire de Schwab.

1. Voir Suran, o. c, p. 9'i. Je n'ai rien trouvé dans les Cahiers de Cours de Cuvier, qui témoignât que l'illustre savant eût suivi les leçons de Schwab.

Les éditions. — Publié dès 1784, puis en 178S', ce discours a été édité récemment deux fois, d'abord par M. Hervier, puis par Th. Suran. Cette dernière édition, faite avec un soin minutieux et une méthode scrupuleuse, riche d'informations de toutes sortes, est en même temps un modèle de critique intelligente^.

ExoRDE. — Rivarol commence par constater qu'une telle question, proposée sur la langue latine, aurait flatté l'orgueil des Romains. « Le temps est venu de dire le monde français »... « la philosophie se réjouit... de voir les peuples se former en république sous la domination d'une même langue ))^.

L' « honorable universalité de la langue française », quoique avouée, tient à « des causes si délicates » qu'il faut, pour l'expliquer, considérer la position de la France, sa constitution politique, son climat, le génie de ses écrivains, le caractère de ses habitants, et l'opinion qu'elle a su donner d'elle-même au reste du monde '^.

Origine du français. — Les Romains ayant conquis la Gaule, leurs lois y donnèrent d'abord la prééminence à la langue latine. La religion chrétienne la confirma. On parla latin à la Cour, dans les cloîtres, dans les tribunaux et dans les écoles. « Mais les jargons que parlait le peuple corrompirent peu à peu cette latinité et en furent corrompus à leur tour ». « De ce mélange naquit cette multitude de patois encore vivants dans les provinces. L'un d'eux devait un jour être la langue française » ".

Le français se dégage. — « Il serait difficile d'assigner le moment où ces différents dialectes se dégagèrent du celte, du latin et de

1. Sous le titre : De l'Universalité de la langue française. Discours qui a remporté le Prix à l'Académie de Berlin. A Berlin et se trouve à Paris, chez Bailly, Dessenne, et les Marchands de Nouveautés, 1784, in-8°. Le fac-similé du titre se trouve dansFédition Suran, p. 44.

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