‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 76 sur 330 · C'est elle que je cite : Riv., éd. Sur · texte numérisé non relu

C'est elle que je cite : Riv., éd. Sur

o. § 4 (La note 1 donne des justifications d'après Pasquier. Voir éd. Sur., p. 297).

Tallemand ». Le provençal des Troubadours n'a pas prévalu, mais la langue des Trouveurs... Le Midi de la France, « sans capitale et sans roi, ne put soutenir la concurrence du Nord et l'influence du patois picard s'accrut avec celle de la Couronne ». « C'est... le génie clair et méthodique de ce jargon et sa prononciation un peu sourde qui dominent aujourd'hui dans la langue française »*.

Il conquiert son véritable rang en France. — « Quoique dès 1260 un auteur italien eut trouvé à la nouvelle langue « assez de charme « pour la préférer à la sienne », cependant l'Eglise, l'Université et les Parlements la repoussèrent encore et ce ne fut que dans le xvi" siècle qu'on lui accorda solennellement les honneurs dus à une langue légitimée »".

Les événements de l'histoire du monde et la nécessité d'une langue COMMUNE. — Depuis la renaissance des lettres, la découverte de l'Amérique et du passage aux Indes, l'invention de la poudre et de l'imprimerie, le monde a changé de face ; « le nombre des capitales, la fréquence et la célérité des expéditions, les communications publiques et particulières en ont fait une immense République et l'ont forcée à se décider sur le choix d'une langue ))^.

Pourquoi l'allemand ne pouvait pas être choisi. — Le choix ne pouvait pas tomber sur l'allemand. Au xvi" siècle cette langue n'offrait encore aucun monument. On lui préférait dans le pays la langue latine. « C'est des Allemands que le monde apprit à négliger la langue allemande ». a L'Empire n'a pas joué le rôle auquel son étendue et sa population l'appelaient naturellement : ce vaste corps n'eut jamais un chef qui lui fût proportionné », et « cette ombre du trône des Césars, qu'on affectait de montrer aux nations ne fut en effet qu'une ombre ». Lorsque la maison d'Autriche a pu « taire craindre à l'Europe une monarchie universelle, la politique s'est encore opposée à la fortune de la langue tudesque. Charles Quint fit rejaillir l'éclat des Césars sur la nation espagnole » *.

Défauts inhérents a la langue. — La langue allemande est « trop riche et trop dure à la fois ». En outre elle n'a aucun rapport avec

1. § .0-7. La note 2 explique que les jargons sont jolis et riches, mais, faute d'avoir été ennoblis par de grands écrivains, ils ont le malheur de dégrader ce qu'ils touchent.

2. La note 3 nomme Brunetto Latini et cite son exposé des motifs. La note 4 renvoie aux ordonnances de Louis XII et de François P'', et note l'obstination des Facultés dans leur latinité barbare.

Histoire de la langue française. VIII, 2. 54

les langues anciennes, c'est une langue mère et « son abondance effraya des têtes déjà fatiguées de l'étude du latin et du grec... un Allemand qui apprend la langue française ne fait pour ainsi dire qu'y descendre, conduit par la langue latine; mais rien ne peut nous faire remonter du français à l'allemand, il aurait fallu se créer une nouvelle mémoire ; et sa littérature, il y a un siècle, ne valait pas un tel effort ». D'ailleurs, sa prononciation gutturale choqua l'oreille, l'écriture gothique rebuta les yeux'.

La direction du gourant de la civilisation. — 11 faut de longues guerres pour faire surmonter aux peuples du Midi leur répugnance pour les langues septentrionales. « Le genre humain est comme un fleuve qui coule du Nord au Midi » ; voilà pourquoi l'universalité de la langue française est moins vraie pour l'Espagne et pour l'Italie que pour le reste de l'Europe.

Ajoutez que l'Allemagne a presque « autant de dialectes que de capitales )). Si les plus distingués des écrivains « ont fini par s'accorder sur un choix de mots et de tournures », ce choix a met leur langage hors de la portée du peuple » ■.

Difficultés qui naissent de l'état politique et social. — La révolution qui se fait aujourd'hui dans la littérature vient un peu tard, et les écrivains ont repris les choses de trop haut. « Des poèmes tirés de la Bible... n'auront de charmes que pour une nation simple et sédentaire, presque sans ports et sans commerce, et qui ne sera peut-être jamais réunie sous un même chef. L'Allemagne offrira longtemps le spectacle d'un peuple antique et modeste, gouverné par une foule de princes amoureux des modes et du langage d'une nation attrayante et polie ». « D'où il suit que l'accueil extraordinaire que ces princes et leurs académies ont fait à un idiome étranger est un obstacle de plus qu'ils opposent à leur langue, et comme une exclusion qu'ils lui donnent » ^.

L'Espagne. Sa grandeur et ses faiblesses. — L'Espagne pouvait fixer le choix de l'Europe. Mais tant de grandeur « ne fut qu'un éclair ». « Le castillan, substitué partout au patois catalan..., n'avait point cette galanterie moresque, dont l'Europe fut quelque temps

1. § 10. La note o déclare que l'auteur ne fait que suivre l'opinion qui s'est établie sur la langue allemande. « A dire vrai, sa prononciation est devenue presque aussi labiale que la nôtre ».

La note 6 précise. Klopstock est nommé, ainsi que Gessner.

charmée ». « Le génie de Cervantes et celui de Lopès de Vega ne sufTîrent pas longtemps à nos besoins ». Le premier fut traduit, le second imité et surpassé'.

Pauvreté fastueuse. — On s'aperçut que la munificence de la langue espagnole et l'orgueil national cachaient une pauvreté réelle. L'Espagne « grave, peu communicative, subjuguée par des prêtres », « fut ce qu'était autrefois la mystérieuse Egypte », « s'enveloppant du manteau de cet orgueil politique qui a fait tous ses maux » -.

Enflure et majesté. — Enfin « en supposant que l'Espagne eût conservé sa prépondérance politique, il n'est pas démontré que sa langue fût devenue la langue usuelle de l'Europe », elle a « une majesté » qui « invite à lenflure, et la simplicité de la pensée s'v perd... sous la plénitude des désinences ». C'est une langue faite pour les cérémonies, les prières, « les proverbes qui y prennent une tournure sentencieuse »^

Avantages de l'Italie. — LItalie avait été le centre du Monde où ses Pontifes avaient succédé aux Césars. Les seules routes praticables en Europe conduisaient à Rome. A la Renaissance elle est redevenue « une seconde fois la Grande Grèce »^.

Lutte entre la langue vulgaire et le latin. — Les papes n'ont jamais abandonné le latin; il a régné cependant vingt siècles dans les Cours, les écrits, les monuments d'Italie, le toscan n'était que la langue vulgaire. Le Dante (sic) hésita à s'en servir, Pétrarque, Boccace ont beaucoup écrit en latin'.

Eclat de l'art italien. — Néanmoins les poèmes de Dante et de Pétrarque avaient fixé l'admiration de l'Europe. « Le commerce de l'ancien monde passait tout entier par les mains de l'Italie ». La « langue toscane régna sur toute la Méditerranée ». Le beau siècle des Médicis arriva. Les arts prodiguaient leurs miracles. « L'Arioste et le Tasse portèrent la plus douce des langues à sa plus haute perfection » ^.

t. § 13. Cf. Lopès de \ega peut être comparé à Shakespeare pour la force, l'abondance, le désordre et le mélange de tous les tons (note 7).

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