‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 77 sur 330 · îi · texte numérisé non relu

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o. § 47. La note 8 expose les hésitations du Dante (sic) et comment il se fit un langage régulier.

Faiblesses et décadence. — Mais cette maturité était trop précoce. L'Europe n'était pas prête. La Grèce avait été un monde, l'Italie ne sut jamais « se former en république fédérative ». Elle fut « privée de l'éclat des armes et des ressources du commerce ». Il lui restait sa langue et ses chefs-d'œuvre; mais, « par une fatalité singulière, le bon goût s'y perdit juste au moment où il se réveillait en France ». De sorte que, « si l'Italie avait d'abord conduit la France », il fallut ensuite que la France « ramenât l'Italie »\ « L'éclat du nom français augmentait, l'Angleterre se mettait sur les rangs, et l'Italie se dégradait de plus en plus. On sentit généralement qu'un pays qui [ne] fournissait [plus que] des baladins à l'Europe ne donnerait jamais assez de considération à sa langue. L'Italie n'ayant pu, comme la Grèce, ennoblir ses différents dialectes, elle s'en était trop occupée » ".

La poésie et la prose en Italie. — En Italie une grande distance sépare la poésie de la prose, or c'est le vers qui a plus d'âpreté et moins de mignardise. « Les lois de l'harmonie et de la mesure ont forcé le poète à tronquer les mots », il s'est fait une langue à part qui, (( outre la hardiesse des inversions, a une marche plus rapide et plus ferme ».

Mais la prose, où toutes les lettres se prononcent, « roulant toujours sur des sons pleins », se traîne avec trop de lenteur; son éclat est monotone ; « chaque mot étant harmonieux en particulier », « rharmonie du tout ne vaut rien ». « La pensée... se détrempe dans la prose italienne ». Les formes y sont trop cérémonieuses. On y est toujours « dans la fâcheuse alternative d'ennuyer ou d'insulter un homme ». « La plus simple assertion y est toujours renforcée du serment ». Tels sont les inconvénients de la prose italienne, d'ailleurs si riche et si flexible. Or « c'est la prose qui donne l'empire à une langue; la poésie n'est qu'un objet de luxe »^.

Ce qui lui reste de gloire et d'avenir. — Malgré cela « la patrie de Raphaël et du Tasse ne sera jamais sans honneurs ». « La plus mélodieuse des langues s'est unie à la musique des anges, et cette alliance leur assure un empire éternel ». Le pays attire par ses

2. § 21. La note 40 y insiste, tout en constatant que Métastase vient de porter sur les théâtres d'Italie une élégance et une pureté continue.

Une autre note (11) affirme qu'il s'agit plutôt de la variété des patois que de leur variation, car certains n'ont pas varié depuis huit ou neuf siècles.

3. § 22. La note 12 précise que l'Arioste se plaint de l'influence des Espagnols à cet égard.

chefs-d'œuvres (sic) les voyageurs. Des puissances qui l'entourent « l'humilient » ; « elle a toujours droit de les charmer » '.

Rapports du i.angage et du caractère da>'s les individus et les DATIONS. — « L'homme qui parle est un homme qui pense tout haut » ; « si on peut le juger par ses paroles, on peut aussi juger une nation par son langage ». Une nation « parle d'après son génie ».

De quoi est fait le génie d'une langue, demande-t-on souvent. On peut dire que « la douceur ou l'âpreté des articulations, l'abondance ou la rareté des voyelles, la prosodie et l'étendue des mots, leurs filiations, et enfin le nombre et la forme des tournures et des constructions qu'ils prennent entre eux, sont les causes les plus évidentes du génie d'une langue. Ces causes se lient au climat et au caractère de chaque peuple en particulier » -.

L'Angleterre. — L'Angleterre et la France, a après avoir disputé trois cents ans, non à qui aurait l'empire mais à qui existerait... se partagent depuis un siècle les regards de l'Univers ». Il ne convient pas de considérer l'Angleterre lorsque, a répandue dans les plus belles provinces de France, adoptant notre langage et nos mœurs, elle n'ofTrait pas une physionomie distincte », ou quand, « consternée par le despotisme de Guillaume le Conquérant ou des Tudor », elle donnait à ses voisins « des modèles d'esclavage » ^. Mais maintenant « rendue à son propre génie, parlant sa propre langue... elle s'asseoit à son véritable rang en Europe » '*.

Sentiments qu'elle inspire. — « Elle doit à l'Océan sa splendeur ». Son a esprit d'inquiétude et d'impatience, auquel elle doit sa liberté, se consume au dedans s'il n'éclate au dehors ». De sorte que « le prince se hâte d'ouvrir ses ports ». « Son commerce qui s'est ramifié dans les quatre parties du monde fait... qu'elle peut être blessée de mille manières différentes ». « D'où des démêlés avec toutes les puissances ».

De sorte « qu'à toute l'estime qu on ne peut refuser h une nation. . . éclairée les peuples joignent toujours un peu de haine, mêlée de crainte et d'envie » '.

2. !5 24-26. Voir les notes 13, 4 4, 4o. Toutes les idées de l'auteur sur la formation des langues sont là.

La France et la Paix. — « La France, qui a dans son sein une subsistance assurée... méconnaît son génie quand elle se livre à l'esprit de conquête »',

La France nécessaire au monde. — « Par sa juste étendue elle touche à ses véritables limites ». « Il faut donc que la France conserve et qu'elle soit conservée » ".

Paris et la France. — Sa capitale, « enfoncée dans les terres »,. n'a point eu comme les villes maritimes l'affluence des peuples », mais pour cette raison elle a « mieux senti et mieux rendu l'influence de son propre génie, le goût de son terroir, l'esprit de son gouvernement ». « Les opinions exagérées du nord et du midi, viennent y prendre une teinte qui plait à tous » ^.

Le caractère national. Rôle et importance des femmes. — « La différence de peuple à peuple n'est pas moins forte d'homme à homme ». Le Français « cherche le côté plaisant de ce monde ; rAnglais semble toujours assister à un drame ». L'Anglais « voyage pour voir, le Français pour être vu ». « Le Français, visité par toutes les nations, peut se croire dispensé de voyager chez elles comme d'apprendre leurs langues, puisqu'il retrouve partout la sienne ». En Angleterre « les femmes, qui n'ont pas quitté le tribunal domestique, ne peuvent entrer dans le tableau de la nation ; mais on ne peindrait les Français que de profil si on faisait le tableau sans elles » ; « c'est de leurs vices et des nôtres, de la politesse des hommes et de la coquetterie des femmes, qu'est née cette galanterie des deux sexes qui les corrompt tour-à-tour, et qui donne à la corruption même des formes si brillantes et si aimables » *.

Grâce et politesse. — La France, « sans avoir la subtilité qu'on reproche aux peuples du midi et l'excessive simplicité du nord, a la politesse et la grâce » et « en fournit les modèles dans les mœurs, dans les manières et dans les parures » ^

La souplesse française. — « Sa mobilité ne donne pas à l'Europe le temps de se lasser d'elle ». « Sous un ciel tempéré, changeante

1. ^ 31 ; cf. note -16 : Il y a deux cent ans qu'en Angleterre et en plein Parlement, un homnoe d'Etat observa que la France n'a iaoïais été pauvre trois ans de suite.

3. § 31. Cf. note 17. 11 est certain que c'est sous les zones tempérées que l'homme a toujours atteint son plus haut degré de perfection.

o. Ib.

dans ses manières et ne pouvant se fixer elle-même » , la France « parvient pourtant à fixer tous les goûts... », le Français est devenu « l'homme de toutes les nations » \ Les langues sont comme les nations, « les mots comme les hommes ». Ceux qui ont dans la société « des alliances étendues y ont aussi une plus grande consistance ». Ceux qui sont « isolés ou sans harmonie tombent comme des hommes sans recommandation et sans appui » ".

Goût de l'Europe pour la France et sa langue. — « Le goût qu'on a dans l'Europe pour les Français est inséparable de celui qu'on a pour leur langue », et a l'estime dont cette langue jouit est fondée sur celle que l'on sent pour la nation » \

Origines du français. — « 11 a fallu plus de mille ans à la langue française pour arriver à sa maturité... Depuis le cinquième siècle (sic) jusqu'à la fin du xvi*^ »... les changements étaient si brusques que « le siècle où l'on vivait dispensait... de lire les ouvrages du siècle précédent. Les auteurs se traduisaient mutuellement (sic) de demi-siècle en demi-siècle », et chacun croyait la langue « arrivée à sa dernière perfection » ^.

Langue écrite et langue parlée. Divorce entre la prononciation ET l'orthographe. — « Lcs couquérauts français, en adoptant les expressions celtes et latines, les avaient marquées chacune à son coin ». « Le désordre régna dans la disette ». La monarchie, acquérant plus d'unité, refondit (( ces monnaies éparses... sous une empreinte générale, conforme... à leur origine et... au génie même de la nation ». D'où une « physionomie double : on se fit une langue écrite et une langue parlée, et ce divorce de l'orthographe et de la prononciation dure encore » \

L'ÂGE DE LA maturité. — Enfin (( la maturité du langage et celle de la nation arrivèrent ensemble » ''.

Au commencement du règne de Louis XIV l'autorité royale fit

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