‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 78 sur 330 · ib · texte numérisé non relu

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4. § 37. La note 19 montre que Rivarol a pensé au Roman de la Rose traduit en prose « par un petit chanoine au xiv« siècle ».

o. § 3^. Dans la note 20 Rivarol s'explique sur les irrégularités des familles de mots qui défigurent notre langue. Il fait le procès de l'orthographe. Mais, « un abus est bien iort quand on a si longtemps raison contre lui ».

rentrer chacun à sa place ; « on connut mieux ses droits et ses plaisirs ; l'oreille, plus exercée, exigea une prononciation plus douce (sic); une foule d'objets nouveaux demandèrent des expressions nouvelles, la langue française fournit à tout, et l'ordre s'établit dans l'abondance » '.

La confusion du xvi^ siècle. — Le seizième siècle, dans son désordre, avec ses inventions baroques, en montant sur ses « sublimes échasses » brouilla tout ce que le quatorzième siècle avait à peu près démêlé ".

La prose ramène la poésie dans sa voie. — Ce fut à la fin du règne de Henri IV et de celui de Louis Xlll que la prose, plus sage, qui ne s'était pas écartée de la route, précéda la poésie, qui d'habitude la devance toujours ^

La naïveté. — Certains auteurs empruntent aujourd'hui les tournures anciennes afin d'être naïfs ; « le naïf qui se dégrade tombe dans le niais » *. « Chez les peuples perfectionnés et corrompus, la pensée a toujours un voile, et la modération, exilée des mœurs, se réfugie dans le langage, ce qui le rend plus fin et plus piquant. Lorsque par une heureuse absence de finesse et de précaution, la phrase montre la pensée toute nue, le naïf paraît » ^.

Nos grands écrivains ont trouvé la naïveté u dans leur âme, sans quitter leur langue, et celui qui, pour être naïf, emprunte une phrase d'Amyol, demanderait, pour être brave, 1 armure de Bavard ».

Aperçu de l'histoire de l'anglais. — L'anglo-saxon est né d'une fusion de l'idiome des Saxons et du jargon du pays ; puis cette langue fut abandonnée au peuple, de Guillaume le Conquérant à Edouard III, où régna le français. Mais enfin on exila « une langue rivale ». Les mots français avaient eu le temps d entrer dans l'anglais et de se fondre « dans une prononciation et une syntaxe nouvelle... Nos yeux les v retrouvent encore » ''.

Exécution sommaire de la littérature anglaise, de Chaucer a Shakespeare. — De Chaucer, 1' « Homère anglais », jusqu'à Sha-

2. tj 40-41. La note 21 insiste sur cette injustice avec cit.itions à l'appui.

kespeare et Milton... la littérature anglaise « ne vaut pas un coup d'oeil » \

Formation de l'esprit classique en France. — Au xvii* siècle Malherbe élève « le premier des monuments nationaux » . Richelieu attire le jeune Corneille. 11 crée à la langue un tribunal. « A cette époque une foule de génies vigoureux s'emparèrent de la langue française, et lui firent parcourir rapidement toutes ses périodes, de Voiture jusqu'à Pascal, et de Racan jusqu'à Boileau » ^.

La littérature anglaise étouffée dans la gloire de Louis XIV. — Au contraire le nom et la gloire de Shakespeare ne devaient « passer les mers que deux siècles après : il n'était pas alors... l'idole de sa nation et le scandale de notre littérature ». Milton, qui le suivit « mourut inconnu ». 11 y avait de beaux esprits à la Cour de Charles mais « cette faible aurore se perdit tout à coup dans l'éclat du siècle de Louis XIV : les beaux jours de la France étaient arrivés » ^

L'apogée de la littérature française. — « Paris fixa les idées flottantes de l'Europe » ^. « L'imagination de Descartes (sic)... la raison de Boileau », le doute de Bayle, l'éloquence de Bossuet, notre théâtre surtout, où « le grand Condé pleurait aux vers du grand Corneille », « où Racine corrigeait Louis XIV », où Molière fut « plus comique que les Grecs » et « Télémaque plus antique que les ouvrages des Anciens », où La Fontaine, tout « en ne donnant pas à la langue des formes si pures », lui prêtant « des beautés plus incommunicables », firent que nos livres devinrent ceux de tous les pays, de tous les goûts, de tous les âges. Les premiers journaux furent en français, et ils ne « racontaient que nos victoires et nos chefs-d'œuvres ». « C'est de nos académies qu'on s'entretenait et la langue s'étendait par leurs correspondances ». Tout se faisait au nom de la France et « notre réputation s'accroissait de notre réputation » '.

Empire pacifique du goût français. — « Aux productions de l'esprit se joignaient... celles de l'industrie : des pompons et des

1. § 47. La note '23 fait une restriction pour le chancelier Bacon et les personnages illustres qui ont écrit en latin.

3. § 50. La note 24, très longue, expose les opinions de Fauteur sur Shakespeare : « c'est un délire perpétuel, c'est souvent le délire du génie ».

modes accompagnaient nos meilleurs livres chez l'étranger, parce qu'on voulait être partout raisonnable et frivole comme en France ». « Nos voisins, recevant sans cesse des meubles, des étoiles et des modes qui se renouvelaient sans cesse, manquèrent de termes pour les exprimer : ils furent comme accablés sous l'exubérance de l'industrie française », si bien que, « pour n'être plus séparé de nous, on étudia notre langue de tout côté » '.

Comparez à cette « sorte d'empire qu'aucun peuple n'a jamais exercé », « celui des Romains qui semèrent partout leur langue et l'esclavage » ".

Le rôle de Louis XIV. — Louis XIV, sans avoir « le génie d'Alexandre, ni la puissance d'esprit d'Auguste », a su régner. 11 « marche dans l'histoire de l'esprit humain » à leurs côtés. « 11 fut le véritable Apollon du Parnasse français ». Ses bâtiments, ses fêtes, la fondation d'une colonie artistique à Rome, l'appel adressé aux savants étrangers, fit que « sa langue domina comme lui dans tous les traités ». « Ses prospérités, ses fautes, et ses malheurs servirent également à la langue, elle s'enrichit à la Révocation de l'Edit de Nantes, de tout ce que perdait l'Etat » ^

Pas de rivalité possible. — « L'Allemagne avait des princes nuls, l'Espagne était divisée », l'Italie <( avait tout à craindre », l'Angleterre et l'Ecosse n'étaient pas encore unies ; « la Prusse et la Russie n'existaient pas ». « L'heureuse France... occupa le monde de ses entreprises et de sa gloire » ; elle donna à ses rivaux la « fatigue de l'admiration »^.

Réveil de l'Angleterre. — Vers la fin du siècle, alors que Louis XIV (( n'était plus heureux », l'Angleterre « se dégagea des rayons de la France et brilla de sa propre lumière ». Pope, Addison, Dryden adoucirent les « sifflements » de la langue, l'anglais, sous leur plume, « devint l'italien du Nord »°. « L'enthousiasme pour Shakespeare et Milton se réveilla », Locke « posa les bornes de l'esprit humain, Newton trouva celles de la nature » *'.

Les droits d'aînesse de la France. — La philosophie fut aussi brillante en Angleterre que les arts chez nous, mais « la place

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