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■4. § 61. La note 26 nomme \oung.
Le libéralisme de la France en face de la jalousie anglaise. — La France n'est point exclusive ni jalouse. C'est Voltaire qui a présenté l'Angleterre au monde. « Nous sommes les seuls qui imitions les Anglais » ! « Nous faisons entrer une mode anglaise dans l'immense tourbillon des nôtres, et le monde l'adopte au sortir de nos mains ». En revanche, « quand les peuples du Nord ont aimé la nation française, imité ses manières, exalté ses ouvrages, les Anglais se sont tus, et ce concert de toutes les voix n'a été troublé que par leur silence » '.
L'ordre direct, qualité essentielle de la langue française. — Ici se termine la première partie. Dans la deuxième, Rivarol entreprend de prouver que, si la langue française a conquis l'empire par les livres, par l'humeur et par l'heureuse position du peuple qui la parle, elle la conserve « par son propre génie ». Son caractère particulier est sa fidélité à l'ordre direct : sujet, verbe, objet". Par « un privilège unique », elle conserve cet ordre qui est si nécessaire au raisonnement^ tandis que tous les peuples « ont eu recours aux tournures plus ou moins hardies, selon que leurs sensations ou l'harmonie des mots l'exigeaient »'".
Admirable clarté du français. — « C'est en vain que les passions nous bouleversent et nous sollicitent de suivre l'ordre des sensations. La syntaxe Irançaise est incorruptible ». « C'est de là que résulte cette admirable clarté, base éternelle de notre langue; ce qui n'est pas clair, n est pas français » ".
Le français et la musique. — Il est arrivé de là que notre langue a été « moins propre à la musique et aux vers qu'aucune langue ancienne ou moderne », elle se prête mal aux sensations, voulant « l'ordre et la suite, quand le chant demande le désordre et l'abandon ». La musique doit « bercer l'âme »; « malheur à celle dont on dira qu'elle a tout défini »^.
Le génie des écrivains a élevé le français au-dessus de sa timidité naturelle. — Son « génie circonspect » arrête le poète.
1. Garat s'est élevé avec vigueur contre ce paradoxe (Merc. du 6 août 1785, p. 33-34).
4. § 65. La note 27 atténue. Rivarol compare : M. prenez garde à un serpent gui s'approche à serpentem fu(je et observe assez justement que le serpent serait là avant la fin de la phrase. Il affirme toutefois que Racine et La Fontaine, « sans jamais blesser le génie de la langue », ont presque toujours nommé le premier l'objet qui frappe le premier.
Pas de poésie « haute eu couleur » chez nous, des images justes. C'est de l'artifice avec lequel les grands maîtres « ont su déguiser leur fidélité au génie de leur langue », que résulte tout le « charme de leur stvle »... La langue française, sobre et timide, eût été peutêtre « la dernière des langues », si la masse de ses bons écrivains « ne l'eût poussée au premier rang, en forçant son naturel »'.
Toujours l'ordre direct. Sûreté de la prose française. — Rivarol revient longuement encore à l'ordre direct qu'il oppose aux inversions, sources de difficultés et d'équivoques. La prose française incomparable « se développe en marchant ». Elle est sure et « entre avec plus de bonheur dans la discussion des choses abstraites », « sa sagesse donne de la confiance à la pensée ». « Les philosophes l'ont adoptée, parce qu'elle s'accomode également de la frugalité didactique et delà magnificence qui convient à l'histoire de la Nature » '.
Notre prose vaut tous les vers. — « On ne dit rien en vers qu on ne puisse exprimer aussi bien dans notre prose ». Elle « poursuit le vers dans toutes ses hauteurs et ne laisse entre elle et lui que la rime » . Il ajoute plus loin : la mesure. Il y a, suivant Denys d'Halicarnasse, « une prose qui vaut mieux que les meilleurs vers, et c'est elle qui fait lire les ouvrages de longue haleine » ; « la variété de ses périodes lasse moins que le charme continu de la rime et de la mesure » ^.
Appréciation des éléments rythmiques. — Sans doute ce la raison en vers est admirable ». La « rime lui donne un air de chant qui la distingue de la prose ». Un jour cette rime « sera la ressource des scoliastes, qui en compilant les exemples, fixeront une sorte de prononciation semblable à la nôtre » ^.
Un argument rebattu : u'e muet. — La prononciation de la langue française est « plus variée que celle des langue du Midi, mais moins éclatante », « plus douce que celle des langues du Nord ». Le son de Ve muet, a semblable à la dernière vibration des
\. § 68. Dans la note 28, il commente la phrase où il a dit que chez d'autres peuples les «métaphores ont toujours un degré de plus que les nôtres». Virgile dit par exemple : Capulo tenus abdidit ensem, nous disons, il l'enfonça ; or il y a un degré entre enjoncer et cacher, et nous nous arrêtons au premier.