bis (§ supprimé, Rivarol a dû en voir les défauts
3. On remarquera le sens qu'a cette phrase, bien éloigné de celui qu'on lui prête ordinairement.
4. vi 76. On remarquera la prudence avec laquelle Rivarol s'exprime à ce sujet. Il ne parle pas du Traité de Nimègue, mais des conférences.
dans la tempête par deux ancres, sa littérature et sa clarté », jusqu'à ce que, « par une de ces grandes révolutions qui remettent les choses à leur premier point, la nature vienne renouveler ses traités avec un autre genre humain » '.
Chance de corruption; danger du style figuré. — La langue française ne peut-elle donc pas en venir à se corrompre ? L'auteur ne veut pas examiner la question dans son ensemble. 11 explique qu'il y a deux styles, le naturel et le figuré. Le premier exprime ce qui se passe hors de nous par des causes physiques ; il compose le fond des langues et « peut être aussi grand que la nature ». C'est l'imagination qui compose le second « des emprunts qu'elle fait au premier ». Le soleil brûle, voilà le langage propre ; le cœur brûle de désir, voilà le style figuré « qui n'est que le simulacre de l'autre, et qui double ainsi la richesse des langues. Comme il tient à l'idéal, il paraît plus grand que la nature » "^.
(( L'homme le plus dépourvu d'imagination ne parle pas longtemps sans tomber dans la métaphore » ; ce style métaphorique ... « porte un germe de corruption », les erreurs dans les métaphores « annoncent de la fausseté dans Tesprit et un amour de l'exagération qui ne se corrige guère » ^
Autres périls : l'affectation et la recherche des nouveautés. — Une langue vient à se corrompre lorsqu'on met de l'affectation à « outrer les figures et à rétrécir le naturel qui est la base, pour charger d'ornements superflus l'édifice de l'imagination )i ^. C'est « ce défaut qui perd les écrivains des nations avancées : ils veulent être neufs et ne sont que bizarres ». « Ce défaut précède la maturité des langues et disparait avec la politesse » ^.
Le français n'est pas pauvre. — Il n'est pas vrai que le français soit pauvre par excès de délicatesse. Il est seulement « difficile d'y tout exprimer avec noblesse », les styles étant « classés dans notre langue comme les sujets dans notre monarchie ». Mais, si Racine et Boileau parlent un langage « étranger au peuple qui les environne : ils deviennent les écrivains de tous les temps et perdent bien peu dans la postérité ». Molière ou La Fontaine, qui revêtirent leurs idées
de toutes les formes populaires, perdent (( leurs couleurs plus locales », qui s'effacent à la longue. « Le charme du style mêlé s'affadit ou se perd et ces auteurs ne sont pour la postérité qui ne peut les traduire, que les écrivains de leur nation ». « Il serait ... aussi injuste de juger de l'abondance de notre langue par le Télémoque ou Cinna seulement que de la population de la France par le petit nombre appelé la bonne compagnie » ^
Le rôle des bons livres dans la conservation des langues. — Les langues qui « d'époque en époque se sont élevées jusqu'à la perfection » en descendent. Mais elles v sont « fixées par les bons livres, et c'est en devenant des langues mortes qu'elles se font réellement immortelles » ".
Développement de la littérature et du génie français au xviii* siècle. — La France ne s'était « reposée qu'un moment ». Fontenelle, Montesquieu, Buffon ont continué la noble lignée ^
La philosophie a mêlé « ses fruits aux fleurs de la littérature » ; « V Encyclopédie était annoncée » ; l'éclat de cette entreprise rejaillit sur la nation et « couvrit le malheur de nos armes ». Un roi du Nord « faisait à notre langue l'honneur que Marc-Aurèle et Julien firent à celle des Grecs. Il associa son immortalité à la nôtre ». Le « philosophe de Genève » parut et « son impérieuse éloquence fut écoutée ». Raynal fournit « aux deux mondes le livre où sont pesés les crimes de l'un et les malheurs de l'autre » ^. Voltaire, « qui ne donne de relâche ni à ses admirateurs ni à ses ennemis », devint une puissance en Europe et fut pour elle « le Français par excellence, lorsqu'il était pour les Français l'homme de tous les lieux et de tous les siècles ». « Il joignit... à l'universalité de sa langue son universalité personnelle » ^.
La dernière guerre de l'Angleterre avec nous « la laisse dans la double éclipse de sa littérature et de sa prépondérance ». (( On v a vu un peuple libre conduit par l'Angleterre à l'esclavage, et ramené par un jeune monarque à la liberté. L'histoire de l'Amérique se réduit désormais à trois époques : égorgée par l'Espagne, opprimée par l'Angleterre et sauvée par la France » *'.
De bonne heure on pensa à mettre cette Dissertation à la portée •des lecteurs français'.
En 1796, un chanoine de Dijon, Denis Robelot (1763-1825), émigré après refus de serment, et réfugié en Westphalie, où il avait appris l'allemand, fit une autre traduction de la môme Dissertation. Schwab, qui la revit, la trouva excellente. Elle ne fut toutefois publiée par Robelot qu'après son retour en France, en 1803. C'est cette édition que nous suivrons dans notre résumé^.