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victorieux des Normands, fut la langue dominante en Angleterre, à Naples, en Sicile » '. « Un peuple ne peut en subjuguer un autre, sans que les liaisons... ne deviennent plus fréquentes, plus variées, plus étroites ». Le peuple vaincu doit « entendre les lois et les ordres de ses souverains », il lui faut comprendre leur langue pour arriver « aux emplois, aux honneurs, solliciter avec succès, pour ses affaires, dans le pays des vainqueurs et dans la capitale de leur empire » ^. Ainsi en fut-il en Gaule. Encore arrive-t-il que par surcroit le vainqueur prendra des mesures pour introduire sa langue.
Effets grossissant de l'imagination. — Toutefois cette mainmise n'est pas nécessaire. La supériorité vue à distance se grossit par un effet de l'imagination, qui « exagère facilement des objets qu'on ne peut d'ailleurs mesurer avec le compas géométrique » \
Travail systématique en vue de la domination. — Sans recourir à la force, la nation dominante augmente sa prépondérance ; elle a partout « ses agens, ses correspondans, ses émissaires pensionnés ». Pour traiter les affaires, ils se gardent d'employer la langue des nations où ils opèrent, ne voulant point paraître inférieurs, « leur orgueil en seroit blessé ». Les Français l'ont montré à Francfort, en 1682 ^.
« Mais la plus grande influence appartient sans doute à la perfection de la langue, et à l'avantage dans la nation qui la parle, d'être une nation plus polie : quelle que soit, en effet, la supériorité politique d'un peuple ; dans le choc de ces trois causes, l'honneur du triomphe reste aux deux premières ». Les Grecs l'ont bien fait voir '.
Formation de l'esprit de communication en Europe. — Toutes ces causes « n'eussent point eu d'effet, sans cette grande communication... des peuples entr'eux ». Il faut donc étudier d'où elle vint. Sans doute la religion chrétienne en fut la base. Mais l'événement qui contribua surtout à former cet esprit, ce sont les Croisades, « qui rendoient l'Orient le lieu du rendez-vous de nations absolument différentes » ^. Ce furent ensuite les ordres de chevalerie et leurs tournois, enfin l'imprimerie et les postes'.
4. P. 68-69. Cf. H. L., t. V, pp. 411-417. Schwab cite ici Moser.
Puis vint le règne de Charles-Quint, ses relations, ses guerres, les disputes de religion, « l'essor extraordinaire de l'esprit humain, nourri par la lecture des anciens », 1' « émulation entre toutes les nations commerçantes, fruit de la découverte des Indes » \ Chaque État un peu étendu eut ses représentants ; « une république se forma entre les savans ». Il y eut « un flux et un reflux continuel entre les pays commerçans ». Le traité de Westphalie en porte témoignage. L'Europe y paraît comme « une nombreuse famille », où « se démêlent leurs intérêts compliqués ». « L'histoire, depuis l'existence du monde, n'offre point de semblable congrès »".
Alors, (( par un heureux hasard dont il n'y a jamais eu et dont il n'y aura vraisemblablement jamais d'exemple parmi les langues vivantes, toutes les causes qui peuvent procurer à une langue l'universalité, se réunirent en faveur de la langue francoise » ^.
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