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LK xMÉMOIRE DE SCHWAB 871
grande, pour que l'œuvre fût comprise sans êlre expliquée ; la fermeté manquait à la langue '.
En dehors de lui et de Pétrarque, pas un poète « digne d'être remarqué », pas un prosateur qui « approche d'un Villani et d'un Boccace » ". Au reste il n'existait pas encore d'imprimerie pour « multiplier les productions de ces Italiens célèbres » '.
Le préjugé latin. — Le goût pour la littérature des anciens, réveillé, fut porté jusqu'à l'enthousiasme lors de l'arrivée des Grecs fugitifs \
On croyait la langue vulgaire « bonne, tout au plus, à être employée par un faiseur de romans, de chroniques, ou par un poëte erotique ». Pétrarque lui-même était de cet avis ; ce qu'il estimait digne de la postérité, c'était, son poëme latin Africa. C'est comme poète latin qu'il reçut au Capitole une couronne de laurier \
La langue vulgaire, négligée, en souffrit.
Apogée. Le siècle de Léon de Médicis. — Cependant « toutes les classes parlent alors, avec élégance, la langue italienne ». De Florence, siège des sciences, des beaux-arts et de la politesse, « la culture reflua » sur toute l'Italie. C'est le temps où commence « la grande période de communication ». La langue italienne se répand dans toute l'Europe et les vestiges de sa domination se retrouvent encore partout ^.
Arrêt du mouvement. — 11 manqua à l'Italie de faire un seul royaume. La Toscane n'était qu'une petite province. Si elle était supérieure dans les arts, Venise, « qui avoit aussi son dialecte, étoit... plus grande et plus puissante ».
YJitalien devait-il ainsi se nommer langue de Florence ? La question fut disputée. La critique de la Jérusalem délivrée, « mise au jour par l'Académie de Florence », respire « la vengeance et l'envie... » '.
La première édition du Dictionnaire de la Crusca fut loin d'être pour les écrivains un code de lois, comme le Dictionnaire de l'Aca-
6. P. 84. La note VL donne des détails très intéressants sur l'italianisme dans les différentes nations.
demie française. Aujourd'hui encore, « c'est le dialecte en usage dans chaque ville qui y a la vogue sur le théâtre » \
L'espagnol. Ses progrès. — « Boscan, Garcilasso, Hurtade de Mendoze et d'autres... vivoient vers la première moitié du xvi* siècle ». L'époque brillante de la civilisation espagnole doit être reportée à ce temps. Le règne de Charles-Quint, celui de Philippe II, sont illustrés par autant d'écrivains que de héros ".
On parle alors cette langue « dans les Cours d'Allemagne, d'Italie et de Flandre..., la supériorité politique de la nation » lui « donnoit plus d'éclat et plus de poids » ^
Présages de futurs revers. — Mais l'Espagne est séparée du reste de l'Europe. « Les Espagnols n'eurent jamais beaucoup d'inclination pour les voyages ; ils attiroient aussi peu les étrangers ». Charles-Quint prenait ses agents chez les Italiens, les Allemands et les Français, Enfin la puissance espagnole fut éphémère ^.
Encore l'idolâtrie du latin. — « L'idolâtrie [pour le latin] subsista encore à cette époque » ; « le reste même de l'Europe en fut infecté ». Les papes rédigeaient leurs bulles et leurs brefs en latin, n'avaient pour ambassadeurs que des gens qui regardaient « cette langue comme leur langue maternelle » \ Les savants le préféraient à des langues de moindre diffusion, comme l'italien. « Quiconque entreprenoit de lui substituer la langue de son pays, étoit accusé de chercher à corrompre le nœud social de la chrétienté » ''.
C'est au -Wii*^ siècle que commença pour le latin la décadence. « Or, précisément, vers la première moitié de ce siècle, la langue françoise réunit tous les avantages des langues ilalienne et espagnole... et se présenta aux Européens dans les circonstances les plus favorables » '.
3. P. 88-89. Cf. les faits nombreux et curieux donnés dans la note 23.