IIP SECTION APPLICATION DES MÊMES PRINCIPES A LA LANGUE FRANÇOISE
I]NFÉRioRiTÉ DES AUTRES PUISSANCES. — L'Italie n'était plus qu'un « simulacre de grandeur, fondé sur la religion, et que la réformation avoit rudement ébranlé ». La puissance espagnole commençait visiblement à décliner. L'Allemagne, « à cause des imperfections de sa constitution politique, n'étoit qu'un empire foible ». L'Angleterre « se montroit avec plus de prétentions ; mais d'immenses possessions dans les deux Indes n'en avoient pas encore fait ce colosse dont les bras gigantesques nous jettent dans l'étonnement » '.
La France acquiert la supériorité politique. — A la paix de Westphalie, la France « dicta des lois à la maison d'Autriche et... à la moitié de l'Europe ». « Sa puissance politique devint si formidable sous Louis XIV », que l'Europe, « pour lui opposer une digue, dut former une alliance générale » ".
Ximcgue marque le plus haut degré de sa puissance ; c'est alors que le français devint la langue la plus commune dans les classes supérieures ^
Le français hors du domaine du Roi. — Le français était employé « comme langue du pays dans la Franche-Comté (dont on fit bientôt la conquête), dans la Savoie, une partie de la Lorraine, de la Suisse, des Pays-Bas, et de quelques pays limitrophes de l'Allemagne » ^.
Le travail de perfectionnement. Régularité croissante de la phrase. — « La civilisation de la nation, et la perfection de sa langue marchoient, dès le commencement du xvii* siècle, d'un pas égal avec sa puissance ». L'« ordre naturel, la marche régulière delà construc-
2. P. 93-94; cf. note 29. Cette note explique tout au long l'usage qui fut fait des langues au Congrès de Westphalie. Dans sa Préface (pp. 37 et suiv.), Schwab dit que c'est à M. de Gemmingen, cons"^ de M. le duc de Wirtemberg, qu'il doit d'avoir été averti de l'influence que la supériorité politique pouvait avoir sur la propagation de la langue. Il avait bien aperçu cette relation, mais il considérait « que ce n'étoit pas le cas présent »
3. P. 94. Dans la note 29 Schwab rapporte tout au long les renseignements fournis par Limojon de Saint-Didier sur le fameux Congrès.
tion Françoise » lui donnaient un caractère de fermeté et de régularité incomparable. Tandis que les autres langues se permettent « sur-tout dans le style poétique et oratoire les licences les plus hardies », elle n'a guère en poésie une autre construction qu'en prose'. En italien — et l'italien est le principal rival du français — l'intelligence d'un poète « exige pour ainsi dire l'étude d'une autre langue » ^. Au contraire, qui lit Pascal peut lire J.-B. Rousseau. Des constructions hardies d'un Montaigne, on ne rencontre plus de trace depuis Corneille jusqu'à Voltaire.
Interdiction d'innover. — Tout était déterminé en français, a le matériel comme le formel ; rien n'y étoit abandonné à la manie d'innover ». Tout, « jusqu'aux plus petites fautes de l'auteur du Cid, y étoit dénoncé ». Dans le choix de nouvelles manières de parler, « la plus stricte analogie pouvoit seule diriger ». Cette analogie même ne pouvait autoriser l'admission de nouveaux mots, « si le bon goût en recevoit la plus légère atteinte » ^.
L'autorité et la nation collaborent à ce perfectionnement. — L'x\cadémie, même appuyée sur le pouvoir royal, n'eût pu « imprimer à la langue ce caractère de régularité »,si la nation n'y eût consenti. L'auteur y insiste. « Cette consistance... fait, selon moi, un honneur infini à la nation françoise, c'est une preuve certaine qu'il y
avoit alors en France un grand nombre d'excellens esprits »^
« Où est le pays où un si grand nombre d'écrivains aient une manière de penser uniforme sur la langue ? Quelle est la nation éclairée, assez docile pour se soumettre volontairement aux lois d'un semblable tribunal ? Il est évident que les causes en existent dans cet esprit national à qui le sentiment des convenances est naturel, et dans les progrès que le bon goût avait faits en France » '°.
« Il n'est pas extraordinaire que la langue françoise depuis Pascal jusqu'à Voltaire, ait éprouvé si peu de variations ; que la langue de l'Europe la plus ferme, la plus fixe, soit précisément celle de la nation qu'on regarde comme la plus inconstante, et qui l'est en effet à certains égards » ^ .
Dans une note, destinée surtout à combattre ceux qui en Allema-
4. P. 9ô; cf. note 30, où l'auteur donne des exemples, compare et discute, en examinant l'usage fait de l'inversion par les poètes.