P. 104-105; cf. n. 38, où sont cités des exemples
caractère distinctif de la vraie politesse Françoise, dont nous ne nous formerions pas plus une juste idée d'après les perruquiers François, que d'après les marquis errans. Cette politesse tient le milieu entre la timidité et la licence effrénée ; elle répand ses charmes sur le commerce de la vie ; elle arrête les explosions des passions insociables ; dans sa bouche les vérités désagréables qu'on ne saurait taire perdent ce qu'elles ont d'amer ; elle loue avec grâce et délicatesse, elle représente les bienfaits rendus à un ami, comme un soulagement donné à son propre cœur ; elle rapproche tous les états de la société, et rétablit en quelque manière, parmi les hommes, l'égalité primitive ; en un mot c'est la plus belle fleur de l'humanité, et elle suppose toujours une certaine bonté d'ame » '.
Le rôle de la capitale. — Le « concours infini de peuple qui refluoit. . . vers la capitale et s'y pressoit dans un espace étroit, devoit singulièrement favoriser les progrès de la culture de l'esprit ». «La cour servoit de modèle à la capitale, celle-ci à tout le royaume » ".
Le goût français se confond avec le goût général. — « Pourquoi aucune autre nation ne possède-t-elle autant d'ouvrages d'esprit qui obtiennent tous le suffrage des étrangers ; pourquoi, si l'on prend la somme de plaisir que les productions littéraires de chaque peuple peuvent procurer à toutes les classes, l'avantage est-il du côté des François » ^ ?
Sans doute pendant que je compte les hommes, un autre voudra « les peser » et mesurer « ce degré de plaisir que donnent aux connoisseurs les auteurs des autres nations ».
Mais de cette façon « si nous ne prenons... pour juges que de& savans et de profonds connoisseurs ; si nous excluons du tribunal les princes, les grands, les femmes d'un certain rang et en général toutes les personnes des premières et moyennes classes qui, sans avoir des connoissances bien profondes sur les arts et les sciences, ont néanmoins reçu une bonne éducation, c'en est fait de l'unité de goût » '".
Le suffrage qu'obtiennent les bons auteurs français chez les autres peuples, « suffrage plus universel que celui dont peuvent se glorifier les écrivains d'aucune autre nation présentement florissante»...