P. 11 1-1 1-2; cf. note il
« prouve qu'il y a dans le goût françois, quelque chose qui s'accommode à celui de toutes les nations de l'Europe » *.
Sens FRANÇAIS DE LA MESURE. — 11 sc peut quc cct avantage ne consiste que dans une certaine médiocrité. Mais « c'est la médiocrité d'or, source du bonheur » '.
La langue en éprouve tous les heureux effets. Elle a la clarté, qui n'est pas un défaut de profondeur, mais qui tient à la netteté des idées et la soutient. « Toutes les longues périodes sont évitées avec soin )) ; « on ne néglige rien pour prévenir les équivoques », particulièrement dans les rapports des pronoms. 11 n'y a ordinairement dans une période française « qu'une pensée principale, à laquelle tout le reste est subordonné » ; et, si la langue ne fournit pas « ces mots et ces formes qui font d'une période latine un tout si bien tissu, le poëte et l'orateur françois y suppléent par un orjdre et une distribution dans leurs idées, qui font disparoître le besoin de ces conjonctions et de ces formes » ^. Le français hait les métaphores outrées, les expressions trop bruyantes, les hyperboles, comme celles qu'on trouve dans Homère, « quelque flatteuses qu'elles puissent être à une imagination déréglée » ^.
Cette mesure règne sur la scèxe. — Au théâtre la langue se rapproche de celle de la société ; elle est « plus correcte, plus élégante que poétique», au contraire de ce qui se passe en Angleterre et en Allemagne. Les caractères des personnages ont toujours « de la ressemblance avec l'homme que présente la scène du monde ». Les « fictions n'y ont rien de romanesque, d'invraisemblable, de ridicule » ; « dans les situations et l'action des pièces sérieuses, on observe toujours une certaine décence ». On s'interdit dans ce genre les expressions de la populace. « En un mot, le bon goût met de tous côtés des barrières au génie françois, afin que rien ne fatigue l'oreille, ne gêne la respiration, ne tende trop l'imagination ; n'offense le bon sens, ne blesse le sentiment moral » ^.
Pas de recherche de la singularité. — «Plaire, toucher», c'est là « l'unique but ». Si l'on s'écrie, çà et là, c'est excellent, l'auteur est satisfait''.
3. P. 114-Ho. La note 43 relève l'usage heureux, des participes.
4. P. ll.j-116. La note 44 rappelle qu'il y en a encore des exemples chez Malherbe, o. P. 116-117. Chaulieu, La Fontaine, Grécourt sont à part. Au reste les Allemands n'ont en ce genre rien à reprocher aux Français.
« Les productions de la belle littérature des autres nations ont... quelque chose de plus original, parce qu'elles ont toutes quelque chose d'extraordinaire ». Ceux qui ont fait aux Français des reproches à ce sujet, ont un sens « aiguisé par l'étude de l'art », mais « qui ne voit les choses que sous une lace », cette étude « peut bien avoir borné ce sens, et ne lui avoir laissé qu'une partie de son action ».
« Ajoutons que beaucoup appellent originalité ce qui n'est souvent que singularité et afféterie » ^
« Qu'on admire, tant qu'on voudra, l'imagination inépuisable de l'Arioste ; qu'on soit dans l'étonnement du génie élevé et foudroyant de Shakespear et de Milton ; que dans une extase mélancolique, et Ossian à la main, on se promène au milieu des tombeaux des Bardes et des héros ; qu'on dise que Klopstock a dérobé sa ]Messiade à un Séraphin ; que Gothe a pris la nature sur le fait, lorsqu'il a ourdi la trame des passions ; tout cela n'empêche pas que Racine et Voltaire ne doivent trouver, parmi les classes éclairées de toutes les nations policées, un plus grand nombre de lecteurs, obtenir une approbation plus universelle que tous ces écrivains, et qu'ils ne doivent être reconnus comme les maîtres du bon goût » ^
Genres où triomphent l'esprit et la langue des français. L'éloquence. — Aucune nation ne pouvait se faire honneur au temps de Louis XIV, aucune ne pourrait maintenant se vanter « d'autant de cliefs-d'œuvres d'éloquence » -^
L'histoire. — « Il n'y a pas longtemps que l'Angleterre a commencé à rivaliser avec la France, dans l'art d'écrire l'histoire ». Les Italiens avaient précédé, mais les Français ont « surpassé leurs devanciers » ^,
La poésie dramatique. — Aucune nation n'a produit un Molière ni un Racine, dont les œuvres ont prodigieusement « contribué à la propagation de la langue » ''.
La fiction. — Les Français sont les maîtres du roman, espèce de « productions qui, devant remplir les momens de loisir des premières classes de la société, a une influence infinie sur la propaga-