‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 97 sur 330 · P. toT. Voirie développement, o. P. io · texte numérisé non relu

P. toT. Voirie développement, o. P. io

Complication morphologique. — « Nos déclinaisons présentent ne difficulté » telle qu'on n'a pu s'accorder sur leur nombre \

Variété des dialectes. — L' incertitude de VaWemsind reste grande, c'est « une suite de la constitution politique de l'Allemagne ». On n'a même pas pu jusqu'ici déterminer de manière invariable l'orthographe ^.

Le goùt non fixé. — « Notre goût actuel n'est pas plus fixé». « L'ouvrage le plus absurde... ne doit pas désespérer d'être loué dans quelqu'un de nos mille et un journaux ». La manie de vouloir paraître original a « entièrement infecté » la littérature ^ On ne sait pas adapter le ton à la chose ^.

Pronostics favorables au français. — L'allemand se répandra. Il sera vraisemblablement, « dans le Nord, la langue du grand nombre » ; plus d'un Anglais l'apprendra, elle trouvera « dans le Sud, çà et là, un savant, un auteur qui l'étudiera ». Mais elle « ne deviendra jamais l'instrument de communication entre les Européens ».

Le français demeurera, sauf s'il s'altérait, si la culture d'esprit était négligée, enfin si la France perdait de son influence politique ou si une nation voisine recevait un grand accroissement sous ces trois rapports '. La chose est heureuse du reste. Nous souffrons déjà d'avoir trop de langues à apprendre. Or, « les liaisons étendues qui se sont formées de tous côtés, entre les Européens, leur rendent un instrument universel de communication absolument nécessaire. La langue latine est une langue morte, elle ne peut être cet instrument universel. C'est par son mérite que celle des François l'est devenue; qu'elle conserve donc son universalité. Nous ne devons pas en être jaloux. Mais que chaque nation travaille à perfectionner sa langue naturelle; qu'elle veille sur sa conservation; car, avec toute l'estime que j'ai pour la langue françoise, je suis bien éloigné de souhaiter qu'elle occupe, seule, la place de toutes les langues de l'Europe. — De cette manière, la nécessité de communiquer n'imposera pas à chaque nation le besoin d'étudier plus de deux langues, et on n'en apprendra que mieux à les parler et à les écrire » '^.

-2. Ib.

Le succès de Rivarol. — Le moment est venu de porter un jugement, après l'Académie de Berlin et divers éditeurs et critiques, sur les deux ouvrages qui remportèrent le prix.

Le succès de Rivarol fut grand, en France surtout, cela se comprend. Le fait qu'un Français avait été primé ajoutait à l'orgueil qu'on éprouvait déjà que Berlin eût mis pareille question au Concours. Le Journal de Paris du 4 octobre publia avec des éloges un extrait, probablement fourni par l'auteur; Grimm en parla dans sa correspondance (septembre 1784)'. La Harpe en entretint le Grand-Duc de Russie.

L'auteur affirme dans la deuxième édition du Discours qu'il reçut de toutes les Cours des félicitations. C'est possible, mais il faut y prendre garde : la prétendue lettre du Roi de Prusse est un faux, et personne n'a jamais vu ces lettres, dont il n'est plus question à la troisième édition. Gasconnades mises à part, un fait est certain, c'est que l'Académie de Berlin, conséquente avec elle-même, accorda à Rivarol le titre d'associé externe le 18 juillet 1785 : c'était une nouvelle consécration, et d'autre part Louis XVI lui fit une pension anonyme.

Critiques et censures. — Mais la médaille eut son revers. Je ferai à peine mention de l'attaque de M. de Sauseuil, membre de la Société anglaise pour rencouragement des Arts. L'adversaire n'était point de taille et n'obtint qu'un résultat, celui de faire rire à ses dépens.

Il avait lancé le prospectus d'une Anatomie de la Langue française ou Examen Philosophique et Analytique i° des principes méchaniques quelle observe dans sa formation ou son étymologie, aussi bien que dans son orthographe ou sa prononciation; 2° des principes métaphysiques sur lesquels se trouve établie la (sic) Syntaxe ou sa construction.

i. Voir le texte dans Rïv., éd. Sur., p. 46.

C'était l'œuvre d'un homme très prétentieux, qui traitait de haut tou& les grammairiens qui l'avaient précédé aussi bien que Rivarol luimême. Il fut vivement remis à sa place. Rivarol crut nécessaire de se défendre. Il lui répondit par une jolie lettre adressée au Journal de Paris, 15 octobre 1784. Sauseuil riposta dans une Lettre à M. le baron de B., du Musée de Paris Suivit une duplique de Rivarol : Lettre aux auteurs du Journal de Paris, 29 juillet 1783. Elle contient l'exécution en règle de Sauseuil, auquel on montra rudement qu'il savait fort mal le française

Une autre affaire fut plus sérieuse. Le Mercure, mis en cause et accusé d'ignorer ou de méconnaître une œuvre qui avait valu au lauréat de Berlin a des lettres de presque tous les souverains de l'Europe », s'exécAita. Il parut à huit jours d'intervalle deux articles de Garât (6 et 13 août 1785 pp. 10 et 61). Grimm les jugea fielleux et ils sont en effet assez sévères. Rivarol se défendit dans VEpître au Roi de Prusse. Peu nous importe de juger s'il eut la victoire et parvint à effacer l'impression produite par son adversaire. Ce qui nous intéresse, c'est de savoir si Garât a fait sur des thèses ou des assertions du Discours des réserves justes. Or on ne saurait le nier. Il examine d'abord avec critique le fait sur lequel on avait disserté. Garât le discute et conteste que le français soit la langue universelle'^ Puis il épluche l'œuvre elle-même. Il suspecte la légende relative à Charles-Quint, qui n'aurait parlé espagnol qu'à Dieu, et suppose avec beaucoup de raison que l'empereur polyglotte parlait probablement allemand à Aix-la-Chapelle et espagnol en Castille.

Il marque ce qu'il y a d'outré et de peu sérieux dans des phrases comme : « L'amitié n'a point d'épanchements en espagnol » '\ Suivant lui, l'enflure qu'on reproche à nos voisins ne tient pas à la langue, mais au génie des Auteurs \

Ce qui est dit de l'italien ne le satisfait pas davantage. Comment expliquer que « tous les mots sont harmonieux et que c'est là ce qui fait que la langue manque d'harmonie » ? Il faut voir dans cette

1. Observations critiques sur le Prospectus d'un Ouvrage ayant pour titre : Anatomie de la langue française, et sur quelques lettres de l'Auteur à M. le Baron de Bernstoff et aux Rédacteurs du Journal de Paris, à l'occasion du Discours de M. le Comte de Rivarol, sur l'Universalité de la Langue Françoise; suivies du Précis d'un Mémoire sur l'origine et les progrès de cette langue. [Par Moustalonl, Londres et Paris, M.DCCLXXXV.

2. 6 août, pp. 12-14. Le passage est aussi spirituel que raisonnable, et mérite d'être cité : Notre langue n'est quelquefois que la langue de V Europe, ce qui ne laisseroit pas que d'être quelque chose; elle est quelquefois la langue de Vunivers, la langue humaine, ce qui seroit tout-à-falt merveilleux. Peut-être n'étoit-il pas très diflicile d'éviter ces inconvéniens, et de fixer la véritable étendue de la langue Françoise

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